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Entre crise politique et menaces russes, la Lettonie en première ligne

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L’État balte de 1,8 million d’habitants aborde une période particulièrement sensible. À quelques mois des élections législatives du 3 octobre 2026, la Lettonie fait face à des tensions politiques internes, des incidents sécuritaires à sa frontière orientale et une multiplication des attaques informationnelles russes. La démission de la Première ministre Evika Siliņa, le 14 mai dernier, illustre les fragilités d’un pays devenu l’une des cibles privilégiées de Moscou dans la région.

Une crise gouvernementale lettone sur fond de préoccupations sécuritaires

Evika Siliņa, Première ministre démissionnaire de Lettonie.
Evika Siliņa (au centre), Première ministre démissionnaire lettone.

La chute du gouvernement letton intervient dans un contexte où les questions de défense occupent une place centrale dans le débat politique. Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, Riga figure parmi les soutiens les plus déterminés de Kiev. Cette position s’accompagne d’un effort militaire croissant : 4,9 % du produit intérieur brut (PIB) devraient être consacrés à la défense d’ici la fin 2026.

C’est pourtant la gestion de ce secteur stratégique qui a précipité la crise politique. Le ministre de la Défense, Andris Sprūds, membre du parti social-démocrate des Progressistes, a quitté ses fonctions. Evika Siliņa, alors Première ministre lettone (du parti politique Nouvelle Unité), a poussé cette décision critiquée. La décision de cette dernière de nommer le colonel Raivis Melnis au ministère de la Défense sans consultation préalable de ses partenaires a accentué les divisions. Menacée d’un vote de défiance au Parlement, la Première ministre a finalement présenté sa démission le 14 mai.

Le 28 mai, un nouveau gouvernement a été constitué. La coalition regroupe la Liste unie (conservatrice), l’Alliance nationale (centre droit), Nouvelle Unité (centre) et l’Union des verts et des agriculteurs (centre). Les Progressistes en sont désormais exclus, ce qui marque un déplacement de la majorité vers la droite. Le centriste Andris Kulbergs, Premier ministre, a formé le nouveau gouvernement. Il a maintenu Baiba Braže au ministère des Affaires étrangères et a à nouveau nommé Raivis Melnis à la Défense. Ce dernier a déclaré quitter l’armée avant sa prise de fonctions.

Malgré ce changement de majorité, la ligne stratégique du pays demeure inchangée. Elle repose sur le soutien à l’Ukraine, le renforcement des capacités militaires et la préparation sécurisée des élections d’octobre 2026.

Des menaces sécuritaires et informationnelles grandissantes

La crise politique s’inscrit dans un environnement sécuritaire particulièrement dégradé. Le 25 mars, les populations locales lettones n’ont été informées de l’entrée d’un appareil dans leur espace aérien qu’après son écrasement sur le territoire national. Cet événement a soulevé des interrogations sur les capacités de détection du pays. Le 7 mai, deux drones ukrainiens déviés par les systèmes russes se sont également écrasés sur un dépôt de carburant.

Selon les autorités, les engins sont détectés à temps. Néanmoins, leur neutralisation immédiate ne peut avoir lieu sans risquer des dégâts sur des infrastructures ou de mettre en danger les populations concernées.

Dans le même temps, la Lettonie fait face à une campagne de désinformation de plus en plus agressive en provenance de Russie. Le 19 mai, Vassili Nebenzia, représentant russe au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), a accusé Riga d’aider l’Ukraine à mener des frappes de drones sur le territoire russe. Il a aussi évoqué de possibles représailles militaires. Il est même allé jusqu’à affirmer publiquement que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ne viendrait pas au secours de la Lettonie en cas de conflit.

Quelques jours auparavant, le Service russe de renseignement extérieur (SVR) avait déjà fait des déclarations coup de poing. Il avait affirmé que cinq bases militaires lettones accueillaient des soldats ukrainiens impliqués dans des opérations contre la Russie. Riga a catégoriquement rejeté ces accusations. La ministre des Affaires étrangères, Baiba Braže, a dénoncé une « opération de désinformation » menée par Moscou.

Pour plusieurs observateurs, la précision inhabituelle de ces accusations interroge. Certains experts estiment qu’elles pourraient contribuer à construire un narratif justifiant de futures actions militaires contre la Lettonie. D’autres y voient davantage une tentative d’expliquer à l’opinion publique russe comment des drones ukrainiens ont pu atteindre la région de Moscou.

La minorité russophone, un terrain privilégié pour l’influence russe en Lettonie

Au-delà des questions militaires, la Russie dispose en Lettonie d’un levier d’influence particulier : l’existence d’une importante minorité russophone. Parmi les trois États baltes, la Lettonie est celui où cette population est la plus nombreuse. 30 % de la population est russophone, et 10 % est russophone mais non lettophone.

Moscou exploite régulièrement cette réalité démographique pour alimenter son discours sur les prétendues discriminations dont seraient victimes les russophones dans les pays baltes. Les médias russes ont ainsi relayé plusieurs arrestations récentes de russophones comme des exemples de répression politique.

Cette rhétorique est notamment renforcée par l’amendement du 22 septembre 2022 à la loi sur l’immigration. Celui-ci s’applique au renouvellement des permis de séjour accordés aux titulaires de la citoyenneté russe. Il impose de passer un test de langue lettone au risque de se voir expulser du pays en cas d’échec. Certains de ces citoyens russes sont nés sous l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Ce n’est qu’en 1991 qu’ils ont pu choisir la nationalité russe. Il pouvait alors s’agir d’un choix financier, notamment par rapport aux retraites. Le gouvernement présente ces dispositions comme des mesures de cohésion nationale et de sécurité. À l’inverse, Moscou les dénonce en les qualifiant de politiques discriminatoires.

Conclusion

À l’approche des élections d’octobre 2026, le nouveau gouvernement devra donc relever un double défi. Préserver à la fois la stabilité politique du pays et résister aux pressions sécuritaires et informationnelles russes. Dans un contexte régional marqué par la poursuite de la guerre en Ukraine, la Lettonie apparaît plus que jamais comme l’un des fronts avancés de la confrontation entre Moscou et les pays occidentaux.

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Agathe Mallégol

est étudiante en première année de Master relations internationales, parcours cultures stratégiques à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Spécialisée dans les études russes.

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