Standard and Poor’s abaisse la note de la Grèce à CCC : acharnement ou triste réalité ?

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Lundi 13 juin, l’agence de notation américaine Standard and Poor’s (S&P) a dégradé la note de la Grèce à CCC, misant ainsi sur la restructuration de la dette du pays. Ce faisant, la Grèce est à l’avant dernier échelon de notation avant la banqueroute, et ce, malgré le soutient de ses partenaires européens et du FMI. Sa situation est-elle vraiment si désespérée et unique?

Commençons par l’état des lieux : malgré le plan d’aide de l’Union européenne et du FMI de 110 milliards d’euros l’an dernier, la dette grecque est encore de 350 milliards d’euros. Son déficit s’est creusé de 13% en un an et les taux d’intérêts de sa dette (avant l’annonce de S&P) étaient de 15%. Les prévisions européennes d’un regain de confiance des marchés pour leurs investissements en Grèce d’ici 2012-2013 sont trop optimistes et l’Union et le FMI prévoient un plan d’aide de 80 milliards d’euros. Les ministres des finances de la zone euro, réunis en urgence ce mardi 14 juin, ont discuté des modalités de ce plan et Wolfgang Schäuble (le ministre allemand des finances) a approuvé un plan d’aide avec une participation du secteur privé. Le représentant néerlandais, Jan Kees de Jager, a même estimé que le privé devrait participer à hauteur de 30% au moins, ce qui amènerait l’aide à 105 milliards d’euros. D’autres réunions étaient prévues de longue date : une réunion de l’eurogroupe lundi 20 juin puis le sommet européen du 23 et 24 juin seront l’occasion de préciser ce plan. Cependant, la participation du secteur privé ne doit pas paraître forcée par les gouvernements sous peine de détruire le peu de confiance qu’il reste dans la capacité de remboursement de la Grèce et de précipiter le pays dans la restructuration de sa dette.

Après la stupeur de l’annonce, on peut prendre un peu plus de recul. La note CCC correspond aux investissements hautement spéculatifs. John Piecuch, directeur des relations publiques de S&P, a souligné que ce taux (CCC) est le plus bas parmi les 126 pays du monde notés. La Grèce est alors placé en dessous du Pakistan, de la Jamaïque, de l’Équateur ou des Fidji. Mais il existe pire que la Grèce, et l’État en question n’est autre que la locomotive économique des États-Unis : la Californie. Cela peut paraître surprenant mais ce qui serait la septième puissance économique mondiale s’il était indépendant est un État en faillite des dire mêmes de David Walker, un ancien contrôleur général des États-Unis. Ces derniers sont d’ailleurs plus endettés que l’Europe en 2009, 2010 et probablement en 2011 et un tiers des États américains sont en quasi-faillite. Et en Californie, le ratio dette publique et privée/PIB est de 400% ! Or elle représente 12% de l’économie américaine alors que la Grèce représente 2% du PIB de l’Europe. En un mot : l’Europe peut faire sans la Grèce mais les États-Unis ne peuvent s’en sortir sans la Californie. La focalisation des agences de notations américaines sur la Grèce est donc bien paradoxale.

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