Quand le couple franco-allemand remet la taxe Tobin au goût du jour

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Taxer les transactions financières planétaires, voilà l’un des objectifs du plan d’urgence décidé à l’Elysée ce mardi. Les libéraux ont beau critiquer ouvertement cette décision, tâchons d’y voir un peu plus clair…

Les déclarations communes de la Chancelière Merkel et du Président Sarkozy ne sont pas révolutionnaires. Le gouvernement économique qu’ils souhaitent ne doit pas reproduire le fiasco du choix d’Herman Van Rompuy et de Catherine Ashton  comme Président et Ministre des Affaires Etrangères de l’Union.

De plus, la décision de taxer les transactions financières est un des crédos de mouvements altermondialistes et notamment d’ATTAC (l’Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne). C’est l’économiste James Tobin qui avait introduit cette idée (même s’il s’en est éloigné depuis). Le seul but de la taxe est de permettre aux Etats de remplir les caisses à peu de frais, et, à long terme, de réduire la volatilité sur les marchés. La Suède s’y était essayée dans les années 1980, avant d’arrêter, car les volumes d’échange à la bourse nationale s’étaient écroulés.

Un marché bien trop libéral, des Etats tendant vers le protectionnisme : le danger est là

Il est évident que le pouvoir donné aux marchés est bien trop important. Mais la mesure décidée mardi est beaucoup trop difficile à appliquer si elle ne se cantonne qu’à deux pays, certes les derniers moteurs de l’Europe malade. Taxer ne réduira pas la tendance spéculative des marchés, et n’empêchera pas l’existence de bulles financières. Le seul effet de l’application de cette taxe ne peut se faire sentir que si elle est véritablement pratiquée dans les plus grandes économies de la planète. Si non, les investissements se reporteront massivement sur les paradis fiscaux, censés avoir disparu avec les différentes mesures prises dans l’après-2008 (sans effet ou presque).

Il est donc patent qu’on ne peut plus vraiment taxer les Etats occidentaux de pratiquer un libéralisme désincarné. Ou plutôt : ceux-ci placent les idées libérales au second plan derrière le sauve-qui-peut général, qui ne va pas tarder à se traduire en des politiques de préférence nationale voire protectionnistes. La taxe Tobin nuira aux mauvais spéculateurs des marchés et valorisera ceux qui investissent « dans les règles de l’art ». Mais cela reste encore de l’ordre du conditionnel, car la France-Allemagne ne pèse pas autant sur les affaires européennes (et encore moins mondiales) qu’on pourrait le croire.

 

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