Le rapprochement militaire de la France et de la Grande-Bretagne, une nouvelle “Entente Cordiale” contre l’Allemagne?

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Au soir de sa domination sur l’Europe, la France ne se résigne pas. Certes, l’Allemagne, vaillante, domine les débats en temps de crise. Son modèle est intrinsèquement vigoureux, résistant et compétitif. Lorsque la croissance surgit, il devient offensif et performant. A la peine actuellement, la France lutte et ne baisse pas les bras.

Le problème est pourtant plus ancien. Depuis l’adhésion en 2004 des pays de l’Europe de l’Est au sein de l’Union Européenne, l’Allemagne a réussi un pari fou : devenir le centre de l’Europe. Centre géographique d’une part, véritable courroie entre l’Ouest franco-anglais et l’Est des PECO, incontestable entremetteur financier entre les pays du Nord, fort d’un excès d’épargne, et les pays du Sud de l’Europe, endettés jusqu’au cou à faible taux tant que les pays du Nord souhaitaient investir chez eux. A peine la crise financière était apparue, les investisseurs du Nord de l’Europe s’empressèrent de nationaliser leur épargne. Personne ne voulait plus des dettes des pays du Sud. Le scandale éclata au grand jour. On connaît la suite. Centre politique d’autre part où toutes les décisions financières, économiques sont débattues et imposées. L’Europe défaille économiquement ? L’Allemagne répète ses leçons et convainc la communauté internationale de son sérieux. La situation est compromise mais la France se bat !

Et elle résiste d’autant mieux qu’elle a repéré le talon d’Achille de son grand voisin : il ne peut devenir un centre géopolitique. Exploiter la faiblesse de l’adversaire pour augmenter sa force. Le 2 novembre 2010, Paris signa le traité de Lancaster House avec son grand rival, mais grand allié quand tout va mal, Londres. On y prévoyait la création d’un corps expéditionnaire commun et la construction d’un porte-avion binational afin d’atténuer les coupes budgétaires induites par la grande crise. Hier, vendredi 17 février, Cameron et Sarkozy décidèrent d’enfoncer le clou : en projet, la conception d’un drone de combat furtif franco-anglais.

Cette nouvelle « Entente cordiale » ne masque pas le désaccord de fond sur la question financière en Europe. Outré lors du dernier sommet européen, Cameron claqua la porte aux négociations sur la réglementation financière, voyant dans l’action européenne une atteinte à la souveraineté nationale. Foin de toutes ces préoccupations politiques quand on parle défense. Ce qu’on retient, ce sont les manœuvres réussies en Lybie, permises par les synergies mises en place entre Londres et Paris.

Cette alliance tombe à point nommé ! Depuis que la mode à Washington consiste à franchir le Pacifique plutôt que l’Atlantique, le Royaume-Uni s’isole. La France, de retour dans l’OTAN, rêve d’une grande amitié avec l’Oncle Sam et la Mère Elizabeth. Alliance circonstancielle, certes. Mais la volonté des deux Etats se renforce à mesure que l’Allemagne gagne en stature. Faire de la défense européenne sans l’Union européenne, c’est-à-dire en excluant Berlin, revient à peser de tout son poids pour concurrencer la puissante Germanie. Les objectifs géopolitiques de la France pour redevenir le centre de l’Europe sont clairs : parler économie outre-Rhin, parler armée outre-Manche et faire taire les Cassandre qui envisagent l’avenir français… outre-tombe.

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