Le « TV Duell » à l’allemande : beaucoup de bruit pour pas grand-chose

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Alors que se profilent à l’horizon les élections pour la chancellerie (le 22 septembre prochain), les électeurs allemands, et leurs compatriotes européens, ont pu assister au débat télévisé entre Angela Merkel, Chancelière chevronnée, et son challenger Peer Steinbrück, un des ténors du premier parti d’opposition, le SPD (parti socialiste allemand) assez fortement distancé dans les sondages. Alors que la Chancelière devait dominer ce débat de la tête et des épaules, les sondages d’opinion menés par la première chaîne de télévision du pays, ARD, ont montré qu’elle avait (un peu) déçu l’auditoire alors que M. Steinbrück avait surpris par son audace, la pertinence de ses arguments et sa fermeté, sans pour autant sombrer dans une agressivité stérile. De quoi relancer le suspense ? Probablement pas.

D’après les propos du Spiegel Online, site internet d’un des principaux magazines outre-rhin, le débat affiche un résultat « Null-Null » (0-0 en allemand) et se montre extrêmement critique (pour les germanophones : http://www.spiegel.de/politik/deutschland/tv-duell-merkel-gegen-steinbrueck-das-war-0-0-a-919788.html) envers un débat qu’il juge pauvre et affirme que les électeurs méritaient mieux. Il est vrai que l’industrie marketing des grands groupes de médias avait généré un buzz autour de l’évènement, choisissant le mot « Duel » au lieu de « Débat ». Or, les deux candidats, dans une sorte de personnification des clichés allemands se sont montrés certes compétents mais ne laissant filtrer aucune passion. Tout le contraire des débats post-électoraux français dans lesquels le débat de fond est souvent éclipsé par ceux qui jouent à qui criera le plus fort.

Toutefois, il convient de souligner que les deux candidats, surtout M. Steinbrück, ont pris position sur bon nombre de sujets allant de la rémunération des fonctionnaires à l’Europe et si l’orientation générale est assez semblable, les allemands étant en général marqués par le souci du consensus politique, les points de discorde ont été nombreux à être soulevés. Cela marque en effet les divergences entre le parti chrétien-démocrate de la Chancelière et le parti social-démocrate de son challenger. Ce-dernier a notamment critiqué ce qu’il juge comme l’absence de direction du gouvernement et prétend incarner une alternative crédible à la Chancelière surtout en matière de politique sociale.

En revanche, il est vrai que le point ayant suscité le plus d’émoi lors du débat était celui sur l’instauration de péages sur les autoroutes allemandes, proposition à laquelle M. Steinbrück semble très favorable. Cela souligne bien le manque criant de véritables divergences entre les deux plus grands partis allemands sur beaucoup de sujets, notamment en matière de politique européenne ou étrangère. Pour les besoins du débat, ces divergences ont peut-être été accentuées mais les deux candidats semblent ainsi repartir de ce débat sur un 0-0, Mme Merkel conservant ainsi son avance très confortable dans les sondages.

Un gouvernement casse-tête pour la Chancelière.

Quel que soit le candidat qui sera choisi par le Bundestag après les élections, ceux-ci ont déjà émis quelques idées sur la coalition qu’ils souhaiteraient. Si Mme Merkel désire continuer sa collaboration avec le FDP (parti libéral), celui-ci est en véritable perte de vitesse à l’échelle nationale et risque de ne pas atteindre la barre des 5% selon les derniers sondages publiés sur le site de l’Office Franco-Allemand de la Jeunesse[1] et donc de ne pas suffire pour former une coalition disposant de la majorité. Dans le même temps, M. Steinbrück souhaiterait une coalition avec les Verts mais à eux deux, selon le même sondage, ces partis représenteraient 37% des voix au Bundestag, soit moins que l’alliance CDU-CSU à elle seule !

En somme, à moins d’un extraordinaire (et improbable) retournement de situation, les candidats n’ayant pas su véritablement se départager lors du débat, on se dirige tout droit vers une nouvelle « grande coalition » réunissant la CDU-CSU et le SPD. Ce n’est donc peut-être pas plus mal que les prises de position des deux partis ne soient pas si différentes pour éviter un blocage du pays mais il n’est pas certain que les partenaires européens se satisfassent d’un gouvernement aussi hétéroclite et d’un Bundestag aussi fragmenté.

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