Accord Kerry-Lavrov : comment atteindre un consensus avec deux positions diamétralement opposées

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Après les frappes à l’arme chimique en Russie et les tensions qui s’en sont suivies, un accord vient d’être trouvé entre les Etats-Unis et la Russie sur le désarmement du régime syrien. Cela peut paraître surprenant car à l’origine les deux pays tenaient des discours radicalement opposés. Les Etats-Unis supportaient une intervention militaire immédiate alors que la Russie interdisait toute ingérence dans le conflit. Chacun des deux acteurs soutenant évidemment en sous-main son camp : les rebelles pour les Etats-Unis et le régime pour la Russie. Comment a-t-on pu arriver à un compromis ?

Il y a quelques jours la France présentait au Conseil de Sécurité de l’ONU un texte soutenant un désarmement du régime syrien avec l’application du chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Les russes ont opposé leur véto à cette résolution pour la simple et bonne raison que le chapitre VII de la charte inclue un recours à la force en cas de non coopération du pays concerné. La Russie ne souhaitant voire aucune intervention militaire occidentale dans la zone, il était hors de question d’approuver le texte.

C’est dommage car à peu de choses près la France aurait pu avoir le leadership sur une sortie du conflit. En effet, les Etats-Unis et la Russie ont mis ce chapitre VII de la Charte au conditionnel. Il n’y aura donc de préparation d’intervention que dans le seul cas où Bachard Al-Assad (ou d’autres acteurs) tentent des manœuvres pour dissimuler ou faire sortir du pays les armes chimiques. Si la France n’avait pas mis en avant cette disposition dès le départ, le texte (ou « draft resolution») aurait pu être adopté.

Al Assad va donc devoir recevoir de nouveau des inspecteurs, en novembre, afin de démanteler les armes d’ici juillet 2014. La Russie a réussi son pari de faire gagner du temps au régime, qui sur le terrain regagne son territoire perdu, et d’interdire toute frappe occidentale. Les Etats-Unis repartent, eux, avec  un processus de désarmement sur les rails.

Chacun des deux protagonistes ressort donc en clamant qu’il l’a emporté et que ses conditions ont été respectées.

Tout le monde revient donc au calendrier fixé par l’ONU et la tension autour de la zone descend d’un cran. Néanmoins plus le temps passe et plus les occidentaux peuvent légitimer leur position. Aujourd’hui, Ban Ki-Moon, le Secrétaire Général des Nations Unies, a commencé à divulguer le contenu du rapport des inspecteurs de l’ONU sur l’utilisation du gaz constatée il y a quelques semaines. C’est un fait rarissime que le Secrétaire Général s’exprime avant que le rapport ne soit rendu (lundi) et il annonce déjà qu’il sera accablant.

Dans ces conditions, même si les russes ont gagné du temps pour le régime, l’étau se resserre et de nombreux événements peuvent intervenir d’ici juillet 2014 qui pourraient pousser les occidentaux à intervenir, cette fois-ci en toute légalité grâce au chapitre VII. Et ce, pour la bonne raison que la Russie vient de l’autoriser. Au final, qui a berné qui ? Réponse avant l’été prochain.

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