El Assad dispose d’une aide étrangère, lui

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Selon des officiels libanais et américains, des combattants du Hezbollah libanais aideraient les forces de Bachar El Assad dans sa lutte contres les insurgés syriens. Si, depuis maintenant plus d’un an, on parle du risque de contagion du soulèvement syrien, celui-ci est maintenant avéré.

C’est presque le monde à l’envers. Depuis des années, la Syrie des El Assad porte à bout de bras la milice chiite libanaise. Aujourd’hui, les rôles sont inversés, et c’est le Hezbollah qui vole au secours de M. El Assad. Pourquoi ce soutien? Les dirigeants du Hezbollah savent que, sur le long terme, ils ne peuvent se passer de l’approvisionnement en armes et en fonds syriens.

Il est bon de le rappeler : la Syrie est le maillon central de ce que l’on appelle « l’axe chiite », composé d’ouest en est du Hezbollah libanais, de la Syrie des El Assad (la minorité à laquelle appartient le clan, les alaouites, étant une sous branche du chiisme) et bien entendu de l’Iran. On peut d’ailleurs considérer, à juste titre, que depuis l’intervention américaine et la chute de Saddam Hussein, l’Irak (dont la population est à 60% chiite) a rejoint cet « axe ». L’autorisation accordée par le gouvernement irakien du survol de son territoire pour les livraisons d’armes venant d’Iran à l’armée régulière syrienne en témoigne.

Très schématiquement, si le régime de M. El Assad tombe, le Hezbollah est voué à disparaitre (ou à se transformer radicalement) et l’Iran se retrouve complètement isolé.

Cette aide du Hezbollah est lourde de significations.

D’une part, elle signifie des difficultés supplémentaires pour une insurrection qui ne parvient pas à prendre le dessus en Syrie. Les rebelles, qui devaient déjà lutter contre une armée extrêmement aguerrie et très bien équipée, doivent maintenant également se battre contre une milice qui a déjà accompli l’exploit inédit de mettre l’armée israélienne, Tsahal, en échec.

D’autre part, cette aide met également en lumière l’impasse dans laquelle se trouve M. El Assad. Si ce dernier en est arrivé à avoir besoin de l’aide du « petit frère », c’est que lui non plus ne voit pas comment sortir victorieux de la guerre civile.

Les insurgés, pourtant, ne sont pas seuls. Lâchés par les occidentaux, certes, ils peuvent néanmoins compter sur le soutien de l’Arabie Saoudite. Celle-ci en effet ne manquerait pour rien au monde une occasion d’affaiblir l’Iran en faisant tomber son plus fidèle allié. Mais cette aide saoudienne est aussi discrète que modeste. Discrète car le régime saoudien, une dictature avérée, ne peut se présenter sur la scène internationale (et intérieure) comme le défenseur indéfectible de rebelles démocrates. Modeste car El Assad, prudent, surveille étroitement la frontière jordanienne, le point de transit le plus commode pour l’aide de Riyad.

A partir de là, peut-on analyser le conflit syrien comme une nouvelle guerre religieuse chiites/sunnites ? Cela serait une erreur. Les raisons qui poussent l’Arabie Saoudite à soutenir les insurgés syriens, et celles qui expliquent l’appui du Hezbollah à M. El Assad sont, on l’a vu, extrêmement pragmatiques.

Comme souvent en géopolitique, la religion est plus un verni qu’une cause.

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