L’économie iranienne, entre avancées libérales et résurgences autoritaires

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Le jeudi 24 avril dernier, le gouvernement iranien a annoncé une très forte hausse des prix de l’essence et du gazole en Iran, une hausse qui s’explique par la baisse significative des subventions étatiques attribuées aux entreprises publiques du secteur de l’énergie. Cette annonce gouvernementale est symptomatique d’une volonté de la part du président Hassan Rohani de libéraliser progressivement l’économie iranienne en accentuant les privatisations d’entreprises. Mais cette vague d’ouverture économique iranienne se heurte encore et toujours à la très conservatrice Autorité Religieuse incarnée par le Guide Suprême Ali Khamenei.

L’Iran est aujourd’hui un pays en crise. Depuis 2010, et la baisse significative des subventions d’Etat aux entreprises publiques, la croissance iranienne ne cesse de chuter alors que l’inflation atteignait 50% en 2012. Pour l’heure, les mesures prises par M. Rohani se révèlent encore trop peu efficaces. La volonté d’ouvrir le marché iranien est loin de suffire à attirer des investisseurs étrangers encore sous pression de lobbies américains désireux de maintenir l’Iran dans une position de faiblesse économique.

Pour remédier à la situation, le Guide Suprême a présenté en février dernier, une vingtaine de principes d’une « économie de résistance », sensée résorber les difficultés économiques actuelles. Ce modèle économique s’inspire de l’esprit révolutionnaire iranien de la fin des années 1970 : stimuler la croissance et l’emploi par un développement orienté vers les ressources minières, gazières et pétrolières du pays, l’idée étant que la solution à la situation aux déboires actuels se trouve en Iran même, et non dans l’ouverture économique à l’”ennemi occidental”.

Un avertissement pour le président Rohani

Ce dernier avait été très mal vu au second semestre 2013 par toute une frange conservatrice en Iran (au sommet de laquelle se trouve le Guide Suprême), lorsqu’il avait engagé des négociations poussées avec les Occidentaux à propos du programme d’enrichissement nucléaire iranien. La mise en place de cette « économie de résistance » vient définitivement mettre un terme au sursis dont bénéficiait jusque-là le président Rohani.

Cette politique mise en place par le Guide Suprême est en effet révélatrice d’un retour des Hautes Autorités Religieuses aux rênes de l’Etat iranien. Rappelons que lors des dernières élections présidentielles en Iran, Hassan Rohani n’avait pas les faveurs du Guide Suprême Ali Khamenei. Ce dernier avait finalement accepté la candidature de M. Rohani, principalement par crainte de manifestations populaires dans un contexte économique délicat pour le République Iranienne.  Près d’un an après son élection, Hassan Rohani, le réformateur ouvert au dialogue avec l’Occident, affronte donc un difficile revers de la médaille. Celui que le monde considérait comme un espoir nouveau dans le dégel des négociations avec l’Occident est de plus en plus critiqué dans son pays. Le peuple iranien languit de voir réalisées les promesses tant attendues.

Malheureusement, l’héritage de la présidence Ahmadinejad est très lourd à porter sur le plan économique : en matière de sécurité et défense intérieure, les dépenses de l’Etat atteignaient 25% du PIB pendant les années Ahmadinejad. L’interventionnisme en Syrie, les velléités expansionnistes iraniennes,  mais également les investissements faramineux dans le programme nucléaire militaire depuis le lancement des premières installations au début de la Guerre Froide (un chiffre très difficile à mesurer, qui varie de 100 à 600 milliards de dollars selon les estimations !) sont autant d’éléments qui fragilisent une économie déjà rendue instable par le poids non négligeable de la rente pétrolière.

Les questions se multiplient donc à l’heure actuelle en Iran. Le mince espoir que constituaient l’élection de M. Rohani et la signature de l’accord de Genève en novembre dernier à propos du programme nucléaire iranien est peut-être sur le point d’être éclipsé par la perspective bien moins engageante d’un retour au régime autoritaire des années passées.

 

 

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