Comment l’exemple de la démocratie musulmane turque peut-il influencer l’Egypte et la Tunisie ?

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Alors que le régime autocrate de Moubarak connait certainement ses derniers jours (ou, du moins, sous sa forme actuelle), et alors même que de nombreux spécialistes pointent du doigt le danger islamiste (autour des Frères musulmans), il convient d’étudier une alternative, crédible, dans laquelle l’Egypte (et bien évidemment la nouvelle Tunisie) pourrait tout à fait se reconnaitre : celle d’une démocratie musulmane, dont le seul exemple régional est la Turquie. Une économie en pleine croissance, portée par un gouvernement stable, formé par d’anciens islamistes, voilà le portrait politique actuel de la Turquie.

Pour tout nouveau pays en reconstruction, se rattacher à un modèle préexistant est souvent un gage de sécurité. Or, au Moyen-Orient, seul le modèle turc, cocktail détonnant de démocratie et de religion, parait exportable. Dans un pays (tout comme l’Egypte) qui est représenté par une armée influente (qui n’a d’ailleurs pas hésité à renverser quatre gouvernements depuis 1960), tout gouvernement se doit, lorsqu’il désire mettre en place une politique nouvelle, d’avoir le soutien de l’armée. Celle-ci n’a pas hésité, par exemple, à soutenir la candidature turque à l’UE, voulue par Recep Erdogan. Alors certes, l’armée est au cœur de la vie politique égyptienne, mais son rôle théorique (celui de protéger la souveraineté du pays,  et sa constitution, comme en Turquie) n’a jamais vraiment été effectif.

Néanmoins, il faut se garder de jugements trop hâtifs. Comment comparer un membre de l’OTAN et candidat à l’entrée dans l’UE, représentant d’une branche modérée de l’islam, avec un pays du Moyen-Orient arabe, ne connaissant guère la liberté politique ? Comment trouver dans ce pays un équivalent de l’AKP, le parti d’Erdogan, interdit avant de devenir de plus en plus modéré et de favoriser les investissements étrangers ? Les Frères ne peuvent guère jouer ce rôle, sauf évolution notable de leur idéologie. Abdullah Gul et Erdogan ont su se débarrasser de la génération précédente de leur parti, volontiers anti-démocratique ; les Frères, pas encore. Réussir à coordonner laïcité (héritée de Mustapha Kemal) et conservatisme religieux (hérité, en partie, de la théocratie iranienne) a réclamé des décennies à la Turquie, si bien que toute « copie » en Egypte ou en Tunisie réclamerait, là aussi, plusieurs décennies.

Bref, on le voit, même si le « modèle turc » est loin d’être parfait, la réussite de l’AKP montre à la Tunisie ou à l’Egypte qu’il est tout à fait possible à un gouvernement à tendance islamiste de défendre des principes démocratiques.

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