La fièvre révolutionnaire s’étend au Golfe Persique : Bahreïn inquiète ses voisins

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La théorie de Foster Dulles, en 1954, selon laquelle le basculement idéologique d’un pays vers le communisme entrainerait immédiatement le même changement chez ses voisins est peut-être revenue à la mode en 2011. En effet, bon nombre de pays arabes sont prêts aujourd’hui à suivre les exemples égyptien et tunisien pour mettre fin aux autocraties actuellement au pouvoir. C’est désormais le petit royaume bahreïni qui est au centre de toutes les attentions. Avec une nouveauté : l’importance du fait religieux dans les révoltes populaires.

Bahreïn est en effet contrôlé par une famille sunnite, dans un pays majoritairement chiite. Et contrairement à ses voisins, ses réserves en hydrocarbures sont faibles, si bien que la famille royale ne peut se permettre de négliger certains progrès sociaux. Ces mouvements sont en ligne directe avec ceux des années 1990, au cours desquelles les manifestants souhaitaient une véritable démocratie politique, qu’ils n’ont jamais obtenue. Ils réclament toujours l’arrêt des discriminations au travail, celles-ci touchant surtout la majorité chiite.

Alors donc, pourquoi s’inquiéter du sort d’un petit Etat, au rôle géopolitique soi-disant moins élevé que celui de l’Egypte, par exemple ? Ce serait oublier que les petits Emirats du Golfe sont un enjeu de pouvoir énorme, tiraillés entre l’appui du grand voisin saoudien (à majorité sunnite), et l’attirance venue de l’autre côté du Golfe, avec l’Iran. Une révolte des 20% de chiites saoudiens aurait de quoi effrayer le roi Abdullah, et surtout menacerait gravement l’équilibre géopolitique mondial, puisque la majorité des puits de pétrole saoudiens sont situés dans la province la plus à l’est du pays, jouxtant la frontière avec le Bahreïn. Et rappelons que la Cinquième flotte américaine est basée non loin de Manama, la capitale bahreïnie, et est censée « protéger » la région des velléités iraniennes. Autant dire que l’appui de la famille royale saoudienne à sa consœur bahreïnie est vital pour l’avenir des deux pays.

Est-ce à dire que l’un des pôles financiers majeurs du Golfe aurait oublié le fondement de sa prospérité, i.e. assurer sa propre sécurité ? Peut-être. Reste que le Conseil de Coopération du Golfe, unissant les puissances du Golfe Persique va rapidement devoir traiter le cas bahreïni. Il y a fort à parier que les manifestants fassent du 13 mars prochain, jour du Grand Prix de Formule 1 à Manama (si celui-ci se tient…), une vitrine mondiale de leur combat.

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