Quand Tahrir signifie immobilisme et obsession du passé

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Nous nous sommes tous félicités de la chute du régime Moubarak, suite aux mouvements populaires au Caire et dans toute l’Egypte l’hiver dernier. Mais, à peine le renversement effectué, on se demandait combien de temps prendrait la transition vers « plus » de démocratie. La question est toujours d’actualité, à l’heure où les Egyptiens redescendent dans les rues pour critiquer la lenteur (et c’est un euphémisme) des réformes qu’ils ont souhaitées et l’absence, pour le moment, de toute charge contre les anciens fidèles du clan Moubarak, accusés, entre autres crimes, d’avoir tiré sur les manifestants, à l’heure de la répression.

Il faut dire que si le gouvernement égyptien avait voulu perpétuer l’héritage de Moubarak, il n’aurait pas fait autrement. La Tunisie, elle, n’a pas hésité à oublier l’épisode Ben Ali à grands coups de procès aux jugements connus d’avance, condamnant le clan Ben Ali à des peines de plusieurs dizaines d’années de prison. L’Egypte n’a pas encore atteint ce cap. Les Egyptiens ont encore un peu trop d’humanité à l’égard de leur ancien raïs, qui connait de graves problèmes de santé depuis sa chute du pouvoir en février dernier. Son remplaçant, Mohamed Tantawi, à la tête du conseil de l’armée (chargé d’assurer la transition) est mal estimé par le peuple égyptien, qui l’accuse d’avoir cautionné les actes du clan Moubarak, en tant que Ministre de la Défense.

Voilà donc le principal problème des Révolutions arabes, et notamment du cas égyptien : ne pas avoir à la tête du mouvement de transition un digne représentant de l’opposition et des manifestants. Tantawi n’a plus qu’à gagner du temps, et d’ici là, la Révolution semble n’avoir servi qu’à éliminer Moubarak, ce qui est insuffisant aux yeux du peuple égyptien.

La seule véritable issue pour passer à une transition démocratique et sereine semble le passage de témoin entre les militaires et un gouvernement civil. Ce processus prendra du temps, mais il est nécessaire au futur du pays. Une preuve de plus pour affirmer qu’il n’est jamais très facile d’asseoir un pouvoir démocratique, au contraire de toute forme de pouvoir autocratique. L’Antiquité grecque nous l’avait prouvé à bien des égards…

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