Que peut-on attendre du post-kadhafisme ?

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Alors que les rebelles débordent d’optimisme, annonçant chaque jour la fin du régime kadhafiste, il convient d’essayer de réfléchir à ce que peut être la nouvelle Libye, une fois Kadhafi définitivement hors jeu. Une Libye à la tunisienne, à l’égyptienne ? Pas vraiment, car l’empreinte de Kadhafi sur les mentalités et l’économie libyennes est d’une importance inestimable.

Le premier défi est fondamentalement politique. Le Comité National de Transition ne doit sa viabilité que parce qu’il est reconnu par les plus grandes puissances mondiales. Mais son influence réelle sur la Libye future dépendra de l’équilibre qu’il pourra trouver (ou non) entre les différentes tribus du pays. Il est évident que celles qui soutenaient le régime et celles armées de vengeance auront du mal à cohabiter ; mais le danger est la prise du pouvoir par une minorité d’entre elles, sans possibilité de restauration de l’ordre public.

Ensuite, il faudra observer le comportement du nouveau gouvernement vis-à-vis des puissances étrangères. Car rien n’aurait pu être possible sans (notamment) les livraisons d’armes aux rebelles, et bien évidemment sans les bombardements de l’OTAN. L’Europe revendiquera sa part du gâteau (le pétrole), mais il sera difficile d’oublier que l’OTAN  a largement outrepassé ses droits (on est bien loin de la zone d’exclusion aérienne décidée au début !) dans cette campagne.

L’union des rebelles autour du même objectif a fait leur force depuis février. Mais c’est bien leur division (et celle du CNT) qui guette…

De plus, après toute guerre, la reconstruction est un objectif primordial. L’économie est fragilisée depuis l’hiver, les infrastructures à l’arrêt (quand elles n’ont pas été détruites). L’économie pétrolière, celle qui a permis à Kadhafi de rester en place durant quatre décennies en obtenant le soutien de la population, redeviendra probablement la manne du pays, mais pas avant quelques années. En un mot, tout est à (re) faire depuis le commencement pour le peuple libyen.

Le CNT aura les mêmes défauts que ses homologues tunisiens ou égyptiens, car le seul facteur de rassemblement résidait en sa volonté de mettre fin au kadhafisme. Aucun rebelle n’aura le charisme unificateur d’un Kadhafi faisant presque oublier la balkanisation tribale du pays. Notre site évoquait hier le risque d’une guerre civile semblable à celle qui secoua l’Irak en 1991. On peut ajouter qu’une guerre régionale est également à craindre. La seconde ville du pays, Benghazi, est aux mains des rebelles depuis des mois. En tant que base de la rébellion, Benghazi pourrait bien devenir la nouvelle capitale de cette Libye voulant rompre définitivement avec son historie récente.

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