Mikhaïl Gorbatchev, un « homme de paix » à la tête de l’Union soviétique (2/2)

Shares

Le 30 août 2022 disparaissait l’une des figures les plus emblématiques de la fin du XXe siècle, Mikhaïl Gorbatchev. Perçu en Russie comme le responsable de la chute de l’Union soviétique, le dernier secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique est souvent retenu en Occident comme l’homme qui apporta la paix en contribuant à la fin de la guerre froide et de son monde bipolaire.  

Pour une paix durable : le désarmement progressif des superpuissances

Gorbatchev et Reagan signent le 8 décembre 1987 à Washington le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.
Gorbatchev et Reagan signent le 8 décembre 1987 à Washington le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.
White House Photographic Office, Public domain, via Wikimedia Commons

Lorsque Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir, le principal objectif de sa politique interne est le rétablissement de l’économie de l’union soviétique. En politique extérieure, il souhaite désengager l’URSS des conflits en cours. Afin d’atteindre ce double objectif, il identifie rapidement un levier : la réduction de l’investissement dans la course à l’armement qui l’oppose aux États-Unis.

Le sommet de Genève en novembre 1985 marque la première rencontre entre les deux personnes politiques les plus influentes de leur temps, le président des États-Unis Ronald Reagan et le secrétaire général de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev. L’objectif principal de cette réunion est pour eux de faire connaissance tout en abordant la diplomatie internationale et la course aux armements. Malgré l’envie commune du désarmement et plus particulièrement de la réduction quantitative des armes nucléaires, les méthodes souhaitées s’opposent. Ce premier sommet ne permet pas la signature d’un accord. Cependant, Reagan et Gorbatchev se mettent d’accord pour se rencontrer à nouveau et aborder ce thème.

Le sommet suivant a lieu à Reykjavik en octobre 1986 et permet le rapprochement des intérêts des deux superpuissances sans pour autant entériner la signature d’un traité. Près d’un an plus tard, Gorbatchev et Reagan signent le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. Ils s’accordent sur le démantèlement des missiles de croisière et des missiles balistiques (tous deux à charges nucléaires) d’une portée comprise entre 500 et 5 500 kilomètres. 

En juillet 1991,  soit quelques mois seulement avant la dislocation de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev et George Bush font un pas de plus vers le désarmement du monde en signant le traité START 1. Ce dernier prévoit la diminution progressive du nombre d’ogives nucléaires des États-Unis et de l’Union soviétique. 

Pour une paix mondiale: la fin des autres conflits

Mikhaïl Gorbatchev poursuit sa politique extérieure visant le rétablissement de la paix dans le monde en prenant publiquement position en faveur de l’arrêt des conflits en cours. Il joint rapidement les actes aux paroles en faisant retirer progressivement les troupes soviétiques et alliées des différentes parties du monde où elles sont engagées. 

En 1988, Gorbatchev signe les accords de Genève mettant ainsi fin à la première guerre d’Afghanistan qui dure depuis 1979. Cette signature entraîne le retrait des troupes soviétiques du pays. En Angola, Gorbatchev contribue à la signature de l’accord de New-York (1988) entérinant le retrait des soldats cubains, alliés de l’URSS. Dans le même temps, cet accord déclare l’indépendance de la Namibie. En cette même année, après la confirmation des sanctions de l’ONU envers l’Irak de Saddam Hussein, Gorbatchev s’oppose à une éventuelle escalade militaire et plaide en faveur d’une solution pacifique. En 1991 il décide du retrait du soutien militaire et économique de l’URSS au régime de Mengistu en Éthiopie. 

Gorbatchev a également pour objectif la reprise de contact avec certains États mis de côté par ses prédécesseurs. Ainsi, Gorbatchev contribue grandement à renouer les liens sino-soviétiques et les relations diplomatiques des deux pays s’apaisent. L’union soviétique et la Chine s’accordent sur la signature d’un traité sur leurs frontières en 1991. Parallèlement, Gorbatchev participe à la reprise des relations diplomatiques entre l’URSS et l’Israël.

Pour un nouvel ordre mondial : la fin du monde bipolaire

À la suite des réformes de transparence (glasnost) menées par Gorbatchev, des mouvements indépendantistes font rapidement leur apparition au sein de du bloc de l’Est. Ainsi, en juillet 1986, la première organisation ouvertement anti-communiste en Union soviétique, Helsinki-86, apparait en Lettonie. L’année suivante, les manifestations de structurent et s’élargissent à l’Estonie, à la Lituanie et à l’Arménie. En 1988, l’Union soviétique perd progressivement le contrôle face à des manifestations éparpillées aux quatre coins du Bloc de l’Est. En effet, aux pays baltes précédemment cités s’ajoutent désormais l’Azerbaïdjan, la Moldavie, l’Ukraine, la Géorgie ou encore, la Biélorussie. La structure des manifestations évolue et plusieurs partis politiques indépendantistes font leur apparition.

En opposition à ces mouvements de foules, Gorbatchev s’efforce de réprimer les peuples pour conserver l’unité soviétique. Cependant, il ne peut empêcher l’inévitable. En 1990, afin d’éviter un bain de sang, il autorise des élections libres au sein des quinze républiques de l’URSS. Le résultat est sans appel: six républiques sont proclamées indépendantes. Malgré des réformes structurelles et les nombreuses proclamations d’indépendances qui suivent, l’URSS s’effondre progressivement jusqu’à ne plus se relever. Mikhaïl Gorbatchev abdique finalement le 25 décembre 1991 en annonçant sa démission dans un discours télévisé. Boris Eltsine lui succède au pouvoir en devenant le premier président de la fédération de Russie.

La suite de la vie  de Gorbatchev est notamment marquée par plusieurs tentatives de retour en politique non fructueuses et d’un fort engagement auprès d’ONG soutenant la cause pacifiste et écologique telle la Croix verte internationale dont il est le fondateur en 1993. Il reste également très actif publiquement et n’hésite pas à prendre position sur les grandes thématiques internationales. Il incite par exemple en 2017 le conseil de sécurité de l’ONU à voter une résolution interdisant la guerre nucléaire. Le 30 août 2022, Mikhaïl Gorbatchev disparaît des suites d’une longue maladie.

Shares

Esteban MORON

est étudiant à Kedge Business School. Passionné par la géopolitique, il s'intéresse notamment aux relations internationales de l'Union européenne et de ses pays membres.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *