Y’a-t-il un ou plusieurs type(s) d’autocratie(s) ?

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Par simplification, il est souvent d’usage d’opposer au concept de démocratie celui d’autocratie ou de dictature. Or, une non-démocratie peut cacher différents types d’organisation politique et de mainmise du pouvoir. A ce titre, en s’appuyant sur les travaux de B. Geddes, on peut distinguer trois types d’autocraties.

Autocratie-démocratie : vers une future troisième voie ?
Autocratie-démocratie : vers une future troisième voie ?

La première correspond à un régime militaire. La volonté de ses dirigeants est alors de maximiser les intérêts de l’armée, ainsi que son unité et sa stabilité. La prise du pouvoir par l’armée intervient souvent dès lors que ses intérêts privilégiés sont remis en cause. Contrairement aux autres formes d’autocratie, un régime militaire n’est pas nécessairement voué à demeurer à la tête du pays, surtout si son exercice du pouvoir remet en cause l’unité au sein de l’armée. De par ce maintien au pouvoir généralement plus court, une transition vers un régime moins autoritaire demeure la norme, l’armée veillant à ce que le nouveau dirigeant restaure le calme et le respect de droits fondamentaux. La plupart de ces régimes ont pris place en Amérique Latine, voire en Afrique subsaharienne.

Les régimes dits personnalistes sont une deuxième forme d’autocratie. Ils dépendent d’un petit groupe de fidèles, d’où la menace perpétuelle d’une remise en cause du régime par d’autres factions. Le dirigeant n’a alors d’autre choix que d’éliminer ses rivaux, dans une perspective machiavélienne, cause principale de remous majeurs une fois le dirigeant destitué. En effet, un régime personnaliste est souvent destitué par la violence et souvent suivi par un autre régime autoritaire. Ainsi, la survie d’un tel type de régime à la mort de son dirigeant est très faible. La Libye post-Kadhafi en est un parfait exemple.

Enfin, une troisième forme est celle du régime à parti unique. Celui-ci s’inscrit volontiers dans une logique long-termiste, car l’avenir du pays dépend essentiellement de la bonne tenue du parti unique. Contrairement aux deux précédents régimes, la légitimité politique provient essentiellement des performances économiques. A ce titre, seuls des chocs externes, telle qu’une crise économique ou l’arrêt d’un soutien politique étranger peur remettre en cause un tel régime. Pour des exemples concrets, on pense évidemment à la Corée du Nord actuelle, à la Chine et, bien évidemment, par certains aspects, à l’URSS.

Dans son étude portant sur la deuxième moitié du XXe siècle, Geddes indique que les régimes militaires ont duré en moyenne 9 ans, les régimes personnalistes 15 et les régimes à parti unique vingt-23. Il n’en reste pas moins qu’au XXIe siècle, malgré les discours moralisateurs développés en Occident, bon nombre de pays du monde demeurent encore sous le joug de régimes autoritaires.

Pour aller plus loin : Barbara Geddes, « What do we know about democratization after twenty years ? » (1999)

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