Qu’est-ce que l’Ostpolitik ?

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L’Ostpolitik, littéralement politique de l’Est en allemand, est une politique initiée par Willy Brandt à la fin des années 1960 lorsque celui-ci était alors Ministre des affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne (RFA). Le but était de permettre un rapprochement entre les deux Allemagnes, mais aussi entre la RFA et l’Europe de l’Est communiste.

Willy Brandt agenouillé devant le mémorial du ghetto de Varsovie, le 8 décembre 1970.
Willy Brandt agenouillé devant le mémorial du ghetto de Varsovie, le 8 décembre 1970.

Les hommes politiques allemands de l’époque ont été en grande majorité taraudé par cette idée de rapprocher la République démocratique allemande (RDA) et la RFA. Il ne pouvait y avoir qu’une Allemagne, étant donné qu’il y avait un seul territoire allemand. Pour parvenir à une quelconque avancée, il fallait tout d’abord accepter la division survenue en 1949, reconnaître la RDA, pour ensuite entamer des discussions. Or, jusqu’en 1966, les Chanceliers qui s’étaient succédés avaient surtout œuvré à ancrer la RFA à l’Ouest, marchant ainsi dans les pas de Konrad Adenauer (Chancelier 1949-1963). De timides relations diplomatiques avaient été nouées avec la Pologne, mais le refus de reconnaître la RDA sur le plan international était persistant et handicapant. De plus, l’application de la doctrine Hallstein (du nom du secrétaire d’État de la RFA sous K. Adenauer), qui signifiait la rupture des relations diplomatiques avec les États reconnaissant la RDA, empêchaient des relations « normales » avec de nombreux États de l’Europe de l’Est.

De la doctrine Hallstein à l’Ostpolitik

Un tournant se produisit à partir de 1966 avec les gouvernements de la « Grande Coalition », associant des chrétiens-démocrates, des sociaux-démocrates et des libéraux. L’Ostpolitik est évoquée à plusieurs reprises. Mais c’est véritablement Willy Brandt, du Parti social-démocrate, qui a enclenché ce processus, tout d’abord en tant que Ministre des affaires étrangères (1966-1969), puis en tant que Chancelier de la RFA (1969-1974). Avec son plus proche collaborateur, Egon Bahr, perçu par un des principaux moteurs de l’Ostpolitik, W. Brandt a déterminé quatre propositions énoncées dans sa déclaration d’investiture :

« 1. Aboutir avec la RDA à un accord de renonciation mutuelle au recours à la force.

2. Respecter le statut spécial de Berlin placé sous la responsabilité des quatre alliés, tout en donnant à Berlin-Ouest un statut particulier.

3. Intensifier les échanges commerciaux entre la RDA et la RFA.

4. Ouvrir des discussions avec la Pologne sur la base du respect et, le cas échéant, de la reconnaissance des frontières. »

La RDA n’était toujours pas reconnue dans le cadre du droit international, mais elle l’était désormais de facto. W. Brandt a marqué la fin de la doctrine Hallstein, et le début de l’Ostpolitik.

Rencontre entre Willy Brandt (RFA) et Willi Stoph (RDA) à Erfurt, le 19 mars 1970.
Rencontre entre Willy Brandt (RFA) et Willi Stoph (RDA) à Erfurt, le 19 mars 1970.

En plus de ce changement de discours, l’Ostpolitik s’est matérialisée en différents moments durablement inscrits dans l’histoire. Le plus politique est la rencontre entre W. Brandt et Willi Stoph, président du conseil des ministres de la RDA, d’abord le 19 mars 1970 à Erfurt puis le 21 mai 1970 à Kassel. Le plus déterminant est la signature à Moscou d’un accord dans lequel W. Brandt a reconnu « sans restriction l’intégrité de tous les États en Europe dans leurs frontières actuelles »,  ainsi que leur inviolabilité (12 août 1970). Le plus symbolique est l’agenouillement à Varsovie de W. Brandt devant un monument commémorant les victimes juives du soulèvement du ghetto de Varsovie contre les nazis, le 8 décembre 1970. La veille, un traité avait été signé entre la RFA et la Pologne, reconnaissant la frontière occidentale de cette dernière sur la ligne Oder-Neisse (Traité de Varsovie).

L’Ostpolitik sera poursuivie par l’Allemagne, même après le départ de W. Brandt en 1974. Pour son travail, qui fut le début du chemin menant à la réunification allemande en 1990, W. Brandt obtint le Prix Nobel de la Paix en 1971.

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