Le mythe de la « destinée manifeste » des Etats-Unis - Les Yeux du Monde

Le mythe de la « destinée manifeste » des Etats-Unis

L’expression « Manifest Destiny » (littéralement « Destinée Manifeste » en anglais) a été employée pour la première fois par le journaliste John O’Sullivan en 1845 dans un article publié dans United States Magazine and Democratic Review. Dans cet essai, il plaidait en faveur de l’annexion du Texas par les États-Unis. Pour reprendre ses termes exactes : « C’est notre destinée manifeste de nous déployer sur le continent confié par la Providence pour le libre développement de notre grandissante multitude. » (1). Cette croyance en une mission particulière a eu d’importantes conséquences sur l’histoire du pays.

American Progress, John Gast, 1872. Représentation allégorique de la Destinée manifeste : les Etats-Unis personnifiés en femme apportent le progrès vers l'Ouest.
American Progress, John Gast, 1872. Représentation allégorique de la Destinée manifeste : les États-Unis personnifiés en femme apportent le progrès vers l’Ouest.

L’idéologie de « destinée manifeste » est un élément constitutif de la culture américaine. Elle a eu une influence sur la politique nationale du pays, mais également sur sa politique étrangère. Cette influence est en partie expliquée par le fait que l’idée, même si elle n’a été clairement formulée qu’en 1845, était déjà enracinée dans l’esprit des Puritains qui se sont installés aux États-Unis au XVIIème siècle. En effet, les habitants de la Nouvelle-Angleterre se voyaient comme les élus de Dieu. Par conséquent, ils pensaient avoir une mission providentielle : ils devaient construire un pays exemplaire. John Winthrop, le premier gouverneur de la Colonie de la baie du Massachussetts, a exprimé cette idée d’une « city upon a hill » exemplaire (« cité sur la colline ») dans A Model of Christian Charity (1630). A fortiori, les États-Unis avaient donc un chemin à suivre, une destinée déjà toute écrite.

Cette idée s’est par la suite transmise de génération en génération. Son aspect religieux n’a pas totalement disparu. Cependant, par la suite, le mythe a été associé à des ambitions économiques et politiques. En 2003, dans un article publié dans Hérodote, le géopoliticien Yves Lacoste a défini cette idéologie comme : « [le] destin, [le] rôle que Dieu aurait manifestement confié à l’Amérique de développer les valeurs de liberté, de justice et de progrès, de les étendre le plus possible et de les défendre contre toute tyrannie ».

La conviction des États-Unis en leur « destinée manifeste » a justifié l’expansion du pays. Elle a aussi eu un effet sur la politique étrangère américaine, principalement au XIXème siècle, mais aussi plus récemment.

Cette idéologie a servi de justification aux ambitions expansionnistes des États-Unis dans la seconde partie du XIXème siècle. Lorsque John O’Sullivan a mentionné ce principe pour la première fois, le Président de la République James K. Polk allait faire valider l’annexion du Texas par le Congrès. L’année suivante, ce fut le tour de l’Oregon avec le Traité de l’Oregon, signé entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Ensuite, le 2 février 1848, la signature du Traité de Guadeloupe Hidalgo permet au pays de gagner la Californie, le Nouveau-Mexique, mais aussi une partie de l’Arizona,  du Colorado, de l’Utah, et enfin du Wyoming. En somme, à la fin du mandat du Président Polk, la carte des États-Unis était très proche de la carte actuelle. Cette expansion aussi rapide a été justifiée grâce à l’idée de « destinée manifeste ». Les États-Unis se devaient d’agrandir leur territoire. Ce processus était inévitable.

Au XXème siècle, la conquête spatiale menée par les États-Unis peut également trouver son origine dans cette croyance en une forme de mission divine. Le pays a toujours cherché à repousser ses limites le plus loin possible, et à étendre son influence. Pour reprendre le titre d’un opus de James Bond, le monde ne leur suffisait pas. Leur destinée les poussait au-delà.

En plus de permettre la construction de son territoire national, l’idée de « destinée manifeste » a permis aux États-Unis de fixer leur politique étrangère, et ce à plusieurs reprises. Il est possible de citer les exemples suivants :

  • Théodore Roosevelt, dans son discours prononcé au Congrès le 6 décembre 1904 baptisé le « corollaire de la doctrine Monroe » a déclaré que les États-Unis se devaient d’exercer « un pouvoir de police international ». Il y a bien ici une idée de devoir, de mission.
  • La doctrine Truman énoncée en 1947 par le Président Harry Truman s’inspire de l’idée de destinée manifeste en mettant en avant un devoir de protection des peuples européens.
  • Généralement, le mythe de « destinée manifeste » a constitué la base des arguments en faveur d’un exceptionnalisme américain, mis en avant par plusieurs administrations successives (Clinton, Bush père, Bush fils…).

En somme, l’idéologie de destinée manifeste a appuyé les ambitions impérialistes de la politique étrangère américaine.


Conseil de lecture pour aller plus loin : Stephanson, Anders, Manifest Destiny: American Expansionism and the Empire of Right, (New York, 1995).


(1) Citation originale : « It is our manifest destiny to overspread the continent alloted by Providence for the free development of our yearly multiplying millions. »

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