Western Union et le marché des remises
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Western Union et le marché des remises

 

Introduction sur la première thématique : Les Migrations

La migration, dans son sens large, est l’une des thématiques-clés du XXIe siècle. La guerre, le réchauffement climatique, la discrimination ou encore la compétition technologique mondiale ont multiplié par trois le nombre de migrants internationaux en quarante ans.
Ce phénomène, large tant dans ses échelles que dans ses causes, bouleverse les enjeux et politiques internationaux. Les migrations forcées sont en hausse, et l‘UNHCR – United Nations Refugee Agency – dénombrait dans le monde 65,6 millions de personnes contraintes de fuir leur pays d’origine en 2016, dont 22,5 millions en raison de persécutions. Le Soudan du Sud, l’Afghanistan et la Syrie regroupent à eux seuls 55 % des réfugiés à travers le monde.

Comme l’indique Sylvie Mazzella dans son ouvrage Sociologie des Migrations (éditions PUF, collection Que sais-je ?, 2016) de nouvelles notions sont apparues comme la « migration pendulaire » ou le « risque migratoire », « qui rendent indispensable de porter un regard neuf sur les migrations ». Nombre de pays prennent en compte aujourd’hui la migration dans leur développement, tandis que d’autres l’appréhendent via leur déclin démographique. La thématique de la migration concerne chaque État en tant que territoire d’accueil ou de départ, mais dépasse les seules capacités nationales. Elle modifie en ce sens l’ordre étatique, et pose la question de sa gouvernance mondiale.

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Firme américaine créée au XIXe siècle, Western Union (WU) est aujourd’hui leader du marché mondial des transferts d’argent numériques. Ses activités dans ce domaine n’ont commencé que dans les années 1980, grâce à la dérégulation financière américaine, qui a permis aux services de l’entreprise, jusque là proposés à l’échelle nationale, d’élargir considérablement son marché.

 

(1). Corridors privilégiés

Présente dans plus de 200 pays ou territoires, Western Union joue un rôle primordial dans l’enjeu financier des migrations. En 2015, elle a réalisé 150 milliards de remises migratoires – transferts d’argent des émigrés vers leurs familles restées sur place. Ces données illustrent le poids financier des diasporas. En effet, son classement des corridors (1) témoigne des liens financiers forts entre diasporas et pays de départ, d’autant plus que les remises constituent des parts significatives des PIB de certains pays (2).

Toutefois, WU illustre également la face noire de la mondialisation financière. Ses services sont ainsi utilisés par l’économie souterraine[1] pour des fraudes, du blanchiment d’argent, ou du financement d’activités terroristes. En janvier 2017, WU a avoué avoir laissé des fraudeurs utiliser ses services pour blanchir de l’argent, avec l’aide de certains de ses employés. Des ressortissants chinois coupables de trafic d’êtres humains ont ainsi pu envoyer des centaines de millions de dollars en petites coupures. L’entreprise a payé 551 millions d’euros pour mettre fin à l’enquête, selon le département américain de la Justice (DoJ) et la Commission fédérale du Commerce (FTC, Federal Trade Commission).

(2). Importance des remises

Enfin, l’entreprise fait actuellement face à la montée de concurrents potentiels. Tout d’abord, des start-ups locales investissent le marché des transferts monétaires. L’utilisation des paiements et transferts via la téléphonie mobile menace par exemple la domination de WU sur le marché africain. En plein essor, le téléphone portable offre un canal de transfert plus direct et donc moins coûteux. C’est pourquoi la future licorne africaine Worldremit propose des marges à 5%, moitié moins que celles pratiquées par WU. De même, Facebook pourrait décider de racheter ces start-ups, et capitaliser sur son incomparable ancrage territorial pour concurrencer WU. Enfin, la révolution de la blockchain menace le rôle d’intermédiaire de la compagnie.

La suprématie de WU dans son secteur est donc menacée par plusieurs phénomènes. L’entreprise devra parvenir à s’adapter à ces nouveaux défis, et changer d’éthique si elle veut perdurer.

 

[1] Le terme économie souterraine ou clandestine regroupe trois formes d’activités très différentes : l’économie générée par le travail au noir, les délits économiques ou les activités criminelles ou délictuelles et leur recel.

 

About Hugo CARRIE

Étudiant à HEC Paris, en double diplôme à l'Ensae ParisTech, après deux années en classe préparatoire au lycée Sainte Geneviève

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