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Une certaine réalité de la Chinafrique au Congo

 

Beaucoup de choses sont dites à l’égard d’une prétendue « Chinafrique », expression forgée pour désigner un néocolonialisme, censé remplacer (ou s’ajouter) la dépendance du continent africain vis-à-vis d’anciennes puissances coloniales. Cet article a pour but, modestement, de décrire les faits sur le terrain, dans un pays peu à peu concerné par la question, le Congo.

Fin mars 2013, le nouveau Président chinois, Xi Jinping, a effectué sa première visite sur le continent africain. Il semble donc dans la droite lignée de son prédécesseur Hu Jintao qui avait visité une vingtaine de pays africains durant sa mandature. Au-delà des discours de rapprochement réciproques, visibles partout, la Chine a semble-t-il légèrement évolué dans sa stratégie de partenariats avec l’Afrique : d’abord surtout cantonnée à soutenir des pays peu ou mal aimés de l’Occident (Soudan, Somalie, etc.), sa présence s’est étendue à l’entièreté du continent.

Le Congo-Brazzaville est un exemple parmi d’autres. Il s’agit d’un pays dont plus des deux tiers de la richesse provient du pétrole (comme la majorité des pays s’étalant du Nigeria à l’Angola). Or, tous les champs opérés actuellement ou à l’avenir le sont par des entreprises occidentales, ne laissant aux compagnies chinoises que quelques maigres forages. Par conséquent, on voit donc que la Chine n’a pas grand-chose à tirer directement du business pétrolier.

Les infrastructures, le nerf de la guerre

Cependant, la Chine ne possède pratiquement aucun concurrent pour ce qui est de l’aménagement de nouvelles infrastructures. Au Congo, c’est simple : tout nouvel investissement dans ce domaine est chinois. Un chiffre reflète cela : alors que les investissements chinois au Congo étaient inférieurs à 300 millions de dollars il y a 10 ans, ils sont aujourd’hui supérieurs à 5 milliards ! Des milliards cependant encore largement insuffisants pour pallier les défaillances criantes du pays, notamment en voies de communication.

Sur le terrain, l’emprise chinoise est encore loin d’être évidente. Aux centres-villes de Brazzaville (capitale politique) et Pointe-Noire (capitale économique) peuplés d’Occidentaux et d’autochtones, s’opposent désormais de très nombreux camps de Chinois, disséminés un peu partout, y compris le long des axes de communication. Mais il ne faut pas s’y méprendre : le comportement de ces derniers avec les populations locales renvoie au racisme de certains colons européens il y a des décennies. Et il  n’est pas rare de croiser les plus riches d’entre eux sur les (quelques) tables de jeu du pays, de grosses liasses de billets à la main.

En conclusion, difficile encore de parler de Chinafrique, au moins au Congo. Politiquement, l’éventuelle perte de soutien venant de la Chine aurait des effets éminemment plus faibles qu’un lâchage politique venant de la France, prouvant là qu’annoncer que le « temps de la Françafrique est révolu » (F. Hollande, durant la campagne présidentielle 2012) apparait, au mieux, comme une vaste fumisterie. Mais économiquement, l’emprise commence à poindre. L’acquisition des terres (et donc des richesses du sous-sol) attenant à la route reliant Brazzaville à Pointe-Noire par les investisseurs chinois, en « contrepartie » de la construction de ladite route, a des forts accents de colonialisme économique…

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d'HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d'un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l'Association Les Yeux du Monde

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