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Le pétrole en Afrique

 

Souvent accusées d’être une « malédiction », les matières premières africaines ont pourtant permis l’essor de la majorité du continent. Parmi elles, le pétrole occupe une place à part, notamment pour son impact local, tant sur la politique que sur le développement économique.

Les pénuries d'essence (ici au Congo) sont fréquentes sur le continent, y compris dans les pays producteurs d'or noir...
Les pénuries d’essence (ici au Congo) sont fréquentes sur le continent, y compris dans les pays producteurs d’or noir…

L’Afrique représente 10% de la production et des réserves prouvées mondiales. Elle est ainsi un acteur secondaire sur le marché de l’or noir mondial, mais la qualité de ses bruts ainsi que l’immensité des espaces offshore non encore explorés laissent poindre de longues années de production dans le futur. L’Afrique du Nord est le foyer historique de production pétrolière du continent. L’Algérie et la Libye de Kadhafi ont fondé leur développement des trois-quatre dernières décennies sur d’immenses réserves, la plupart onshore, mais qui aujourd’hui tendent à décliner. Le bassin du Golfe de Guinée est dans une toute autre perspective. Certes prospecté tardivement (années 1950-1960), la pacification récente de cet espace a permis le lancement de grands projets, faisant notamment du Nigeria et de l’Angola de véritables puissances pétrolières. De petits Etats possèdent ainsi grâce au pétrole des PIB par habitant dignes des standards occidentaux, comme Sao Tomé ou la Guinée Equatoriale.

Le défi du développement avec les compagnies étrangères

Deux questions majeures président à l’exploitation pétrolière en Afrique plus que sur tout autre espace. La première est la question de l’appropriation par les compagnies étrangères de ce pétrole. En effet, il n’y a quasiment aucune compagnie africaine historique impliquée dans le pétrole, mis à part la Sonangol angolaise issue de l’indépendance du pays dans les années 1970 voire la Sonatrach algérienne. Ainsi, aucune politique de nationalisation des ressources, comme ce fut le cas au Moyen-Orient, n’a pris place. Cela a ainsi permis aux compagnies étrangères de faire de l’Afrique leurs chasses gardées, malgré des fiscalités qui, dans certains cas, sont extrêmement confiscatoires. L’influence de Shell au Nigeria et d’Elf puis Total en Afrique francophone se ressentent encore largement aujourd’hui. Néanmoins, face à cet état de fait et avec la remontée du cours du brut de la fin des années 2000, les gouvernements locaux sont devenus beaucoup plus entreprenants dans leur manière de gérer les contrats pétroliers. On note ainsi un véritable essor de sociétés nationales, publiques ou privées (la distinction entre les deux étant franchement parfois discutable), qui taillent des croupières aux majors et indépendantes et bénéficient d’un soutien massif de leur Etat. Ainsi en est-il de la SNPC congolaise, désormais propriétaire de tous les futurs champs pétroliers du pays grâce à une habile réforme du Code des Hydrocarbures…

La deuxième question est celle de la redistribution des richesses. L’Afrique est tristement connue pour être majoritairement basée sur une économie de rente, et le pétrole n’échappe pas à la règle. Peu de pays pétroliers parviennent à développer réellement les autres secteurs, si bien que la baisse sensible du cours du brut de début 2015 a obligé ces pays à revoir à la baisse leur budget. L’argent du pétrole reste trop souvent mal dépensé pour améliorer le confort des populations. Celles-ci pâtissent ainsi plus d’une inflation des prix lorsque les cours sont élevés que d’investissements basiques (eau, logement, etc.) dont ils sont trop souvent privés.

Ainsi, les perspectives pétrolières africaines, notamment autour du Golfe de Guinée, sont extrêmement attractives. Souhaitons seulement que les progrès sociaux suivent, eux, la croissance de la production locale…

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d’HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d’un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l’Association Les Yeux du Monde

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