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États-Unis & Arabie saoudite, une alliance historique qui vacille

 

Le 20 avril 2016, Barrack Obama était en voyage en Arabie saoudite à l’occasion du sommet du Conseil de coopération des États arabes du Golfe. Venu rassurer les monarchies de la région sur le soutien américain, Obama essuie depuis quelques mois, des critiques inédites dans les relations américano-saoudienne. Après plus d’un demi-siècle d’alliance indéfectible, les deux états semblent s’éloigner peu à peu dans leur vision des intérêts géopolitiques de la région. Une relation qui remonte à 1945, lors du Pacte du Quincy, conclu entre Roosevelt et le roi Ibn Saoud, qui garantissait la stabilité politique de l’Arabie saoudite et de la péninsule arabique. Une stabilité qui fera partie « des intérêts vitaux » des États-Unis durant les décennies suivantes. En échange, l’Arabie saoudite mettait à disposition (à certaines conditions) ses ressources énergétiques. Malgré les nombreuses crises qui traverseront le Moyen-Orient, dont le conflit israélo-palestinien, l’alliance entre les deux partis restera toujours de mise.

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Pacte du Quincy (1945)

Les attentats du 11 septembre commandités par Oussama Ben Laden, originaire d’une riche famille saoudienne et l’implication de Riyad dans l’expansion des mouvements Jihadistes au Moyen-Orient, n’auront pas d’impact sur ces relations, tout du moins pas directement. C’est au milieu des années 2000 que le comportement américain va se transformer, notamment face à la rivalité entre chiite et sunnite dans la région. Après la campagne irakienne de 2003, qui mettra fin à la dictature de Saddam Hussein, les États-unis soutiendront les représentants chiites, vainqueurs des élections de 2005. Ces derniers mettront d’ailleurs en avant leur politique de neutralité vis-à-vis de l’Iran et du royaume saoudien. À priori rien de grave pour les relations américano-saoudiennes, mais un signe qui se confirmera au début des années 2010, marquant un véritable tournant diplomatique pour le Moyen-Orient.

 

Visions divergentes sur l’Iran et la Syrie

Le premier acte de la détérioration des relations entre les deux pays se joue lors du conflit syrien, à l’été 2013 après deux années de guerre civile. En Occident, se pose la question d’une intervention contre l’armée de Bachar al-Assad, qui utilise à ce moment-là des armes chimiques contre les rebelles et contre la population. L’Arabie saoudite pousse à l’intervention : un changement de régime en Syrie permettrait à la monarchie d’affaiblir l’Iran dans la région. Le retrait de l’option militaire sera vécu comme un camouflet pour les Saoudiens, qui refuseront quelques mois plus tard le statut de membre non-permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Enfin, l’Arabie saoudite a vécu comme une humiliation, l’accord sur le nucléaire iranien, signé en juillet 2015, sur la levée des sanctions économiques internationales contre l’Iran. Ainsi en deux années, l’axe chiite se trouve renforcé alors qu’il aurait pu être affaibli. Autre élément, dans l’interview fleuve consacrée à The Atlantic, Obama critique ouvertement le régime saoudien et l’exportation du wahhabisme. Enfin le rôle de l’Arabie saoudite, dans les attentats du 11 septembre est de nouveau pointé, avec l’éventuelle publication d’un rapport secret de 28 pages.

Il fallait attendre une réaction de la part de Riyad et elle s’est faite de deux manières. Tout d’abord, la crise diplomatique ouverte avec l’Iran, dans les premiers jours de l’année 2016. Le régime saoudien avait ouvert les hostilités avec l’exécution d’un opposant chiite Nimr Al-Nimr. S’en était suivi le saccage de l’ambassade saoudienne en Iran pour aboutir à une rupture diplomatique entre les deux états, rupture prononcée par l’Arabie saoudite. De son côté, Obama semble avoir perdu la confiance de la monarchie qui l’a affublé du surnom « président tigre en papier ». À noter que malgré les tensions apparentes entre les deux alliés historiques, les relations économiques sont au beau fixe, en particulier concernant la vente d’armes. Ainsi sur la période 2011-2015, les ventes d’armes américaines à destination du royaume saoudien ont augmenté de 275% par rapport à la période 2006/2010. Pour Riyad l’avenir des relations semble se tourner vers l’après Obama et la présidentielle américaine. Il n’est pourtant pas dit que cette perspective leur soit plus favorable, entre Hillary Clinton proche de la ligne d’Obama et Donald Trump encore plus sévère face au régime saoudien. Pour les stratèges et diplomates américains, l’enjeu sera de concilier l’alliance historique avec la monarchie Saoud et la volonté de s’ouvrir à de nouvelles discussions, pour plus de sécurité et de stabilité au Moyen-Orient.

About Fabien HERBERT

Fabien Herbert est journaliste. Passionné par les relations internationales et la géopolitique, il suit actuellement et en parallèle de son activité professionnelle, un cursus à l'Université Catholique de Louvain en Relation internationale. Il se spécialise dans les zones Moyen-Orient et Russie/CEI.

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