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Djibouti : le double pari de la Chine en Afrique

 

La Chine finalise actuellement la construction de sa première base militaire en Afrique. Opérationnelle d’ici la fin de l’année 2017, cette base située à Djibouti permettra notamment à Pékin de s’impliquer davantage dans la lutte contre la piraterie. Le but : sécuriser ses convois maritimes. Il s’agit également d’un engagement pris en faveur du continent africain et des investissements colossaux que la Chine y entreprend depuis plusieurs années.

La Chine construit une base militaire à Djibouti en Afrique pour sa stratégie du collier de perles
De nombreuses puissances étrangères assurent une présence militaire à Djibouti ©Flickr/The U.S. Army

Une première. D’ici la fin de l’année 2017, la première base militaire chinoise permanente hors de la mer de Chine sera opérationnelle. Celle-ci sera située à Djibouti. Un petit pays de moins d’un million d’habitants qui n’a pas été choisi par hasard. Localisé entre deux pays en guerre, le Yémen et la Somalie, et l’Erythrée, un pays en proie à de fortes tensions, Djibouti jouit d’une certaine stabilité dans la corne de l’Afrique. Surtout, Djibouti est un emplacement hautement stratégique puisque le pays contrôle l’entrée du détroit de Bab El-Mandeb, le quatrième passage mondial en termes d’approvisionnement énergétique. De plus, ce détroit par lequel transite 12% du trafic maritime mondial est l’unique porte d’entrée depuis l’océan Indien à la mer Rouge et au canal de Suez par lequel passe environ 8% du commerce maritime mondial.

Cette première infrastructure militaire chinoise en Afrique entre dans le cadre de la stratégie de « collier de perles » chinoise initiée en 2005 dans le but de sécuriser ses routes commerciales maritimes jusqu’au Moyen-Orient via des installations portuaires ou aériennes. Environ un tiers des marchandises transitant par le détroit de Bab El-Mandeb est chinois et respectivement 50% et 20% des importations chinoises de pétrole proviennent du Moyen-Orient et d’Afrique. C’est pourquoi, en plus de la future base militaire, verront le jour un terminal pétrolier et un oléoduc chinois. La base de Djibouti permettra, par ailleurs, à la Chine de renforcer la sécurisation de sa nouvelle « route maritime de la soie », une voie commerciale reliant l’Asie à l’Europe.

Depuis décembre 2008, Pékin participe à des opérations de lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden et fait face à certains problèmes récurrents. Par le passé, les forces armées chinoises ont notamment connu des difficultés pour s’approvisionner et ont été contraintes de faire appel aux puissances étrangères sur place afin de se faire assister. La création d’une base chinoise à Djibouti et d’un port multifonction (hangars, zone de fret) permettra donc à la Chine d’éviter de rencontrer de nouveau ce genre de problèmes.

Des objectifs sur le continent africain

Par ailleurs, cette base militaire permettra à la Chine de protéger ses ressortissants présents sur le continent africain dont le nombre est estimé à plus d’un million. La Chine veut aussi protéger ses investissements : elle est actuellement le 4e investisseur mondial en Afrique et le premier partenaire commercial avec le continent. D’ici 2020, Pékin prévoit notamment d‘atteindre le montant de 400 milliards de dollars d’échanges commerciaux réalisés avec l’Afrique. Plus de 2 500 entreprises chinoises sont déjà implantées sur le continent et des projets de voies de chemin de fer et de route ralliant Djibouti à l’Ethiopie sont également en cours. De plus, l’empire du Milieu tient à protéger ses acquisitions foncières en Afrique. Actuellement au 19e rang mondial des achats de terres arables réalisés sur le continent, la Chine y porte un intérêt croissant. L’objectif : satisfaire sa demande intérieure en termes de production alimentaire.

Jusque-là, la Chine participait essentiellement à des missions de maintien de la paix placées sous l’égide de l’ONU. Depuis 2003, Pékin a ainsi participé à 12 missions en Afrique, dont certaines sont encore en cours. Après avoir apporté son soutien à la lutte contre Boko Haram et Al Shabbaab, Pékin a annoncé, en septembre 2016, le déblocage d’un fond d’un milliard de dollars afin de financer l’ONU. Aussi, 8 000 casques bleus chinois supplémentaires devraient également être déployés dans les contingents africains de l’ONU. L’installation de l’infrastructure militaire marque toutefois une franche rupture dans la tradition de non-ingérence chinoise.

Les inquiétudes des puissances étrangères

Cet intérêt exponentiel pour l’Afrique n’est pas sans inquiéter les puissances déjà actives de longue date depuis Djibouti. La France, les Etats-Unis et le Japon, qui y possèdent également une base militaire, ont fait part de leurs inquiétudes face au déploiement du hard power chinois sur le continent. De plus en plus active économiquement en Afrique, la Chine franchit, ici, un nouveau cap qui pourrait menacer directement les intérêts des puissances déjà établies sur place.

 

About Kevin SAIGAULT

Kévin Saigault est étudiant en géopolitique et prospective à l'IRIS. Thèmes de prédilection : le Moyen-Orient, l'Iran et les relations internationales en général.

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