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Opération Joint Force 2017 : démonstration de force sino-russe

 

Depuis l’isolement géopolitique de Moscou en 2014, le partenariat sino-russe s’est intensifié, notamment en ce qui concerne la coopération militaire. Le point d’orgue de cette entente est la mise en commun de leurs forces navales et terrestres pour des exercices récurrents. C’est actuellement ce qui se déroule en Mer Baltique depuis le début de la semaine.  Xi Jinping a rendu visite à Vladimir Poutine, les 4 et 5 juillet 2017. Le Président de la Chine a alors déclaré que la relation entre les deux pays était « à son apogée » ; de quoi inquiéter l’OTAN.

Le choix de la Mer Baltique pour l’Opération Joint Sea 2017 est loin d’être anodin, même si l’OTAN fait tout pour rassurer ses membres.  

Rencontre entre Xi Jinping et Vladimir Poutine le 4 juillet dernier. Les deux hommes comptent approfondir leur partenariat stratégique.

C’est loin d’être la première fois que la Chine et la Russie joignent leurs forces pour une simulation d’une telle envergure. L’an dernier, une opération similaire avait eu lieu dans la Mer de Chine méridionale. Toutefois, c’est la première fois que les États choisissent la Mer Baltique, une zone géographique réputée stratégique. Le ministre lituanien des Affaires étrangères, ainsi que le ministre polonais de la Défense ont dénoncé une « menace » pour la région, et pour l’Union européenne.

Les deux camps ont pourtant assuré qu’il n’y avait pas d’inquiétudes à avoir. L’OTAN a déclaré avoir été informée il y a déjà plusieurs semaines – un changement par rapport à de précédents exercices militaires russes – et qu’une surveillance « de routine » était prévue. Officiellement, les trois vaisseaux chinois, et les dix russes – guidés par un centre de commande basé dans l’enclave russe de Kaliningrad – ne sont donc pas une menace.

De leur côté, Pékin et Moscou ont affirmé ne pas viser de pays en particulier. Cette ligne de défense est interprétée comme une référence directe à l’exercice Saber Guard de l’OTAN. Durant plusieurs semaines – jusqu’au 20 juillet dernier – 25 000 militaires des forces de l’OTAN avaient été déployés en Hongrie, en Roumanie et en Bulgarie. Un an après l’Opération Anaconda, ces nouvelles manœuvres terrestres avaient été vues d’un mauvais œil par le Kremlin, qui se sentait visé.

Cela fait déjà plusieurs années que le partenariat militaire entre la Chine et la Russie connaît un souffle nouveau, parallèlement à l’isolation diplomatique croissante des deux États.  

La coopération militaire entre la Chine et la Russie s’est en effet intensifiée depuis l’annexion de la Crimée. Plusieurs ventes d’armes ont été signées entre les deux États. Par exemple, une vente de 24 Soukhoï Su-35 – avion de combat russe performant – a été récemment conclue. La Chine a également  été le premier pays à se positionner pour l’achat de missiles sol-air S-400. C’est notamment grâce au renouvellement de ce partenariat que la Russie était le deuxième exportateur d’armes en 2016 – derrière les États-Unis. Les deux États aimeraient intensifier leurs échanges, pour atteindre 200 milliards de dollars – par an – en 2020.

Ainsi, l’Opération Joint Sea 2017 – sous le nez de l’OTAN – peut être vue comme une véritable démonstration de force, une provocation. Mais on peut surtout y voir la volonté de ces deux pays de démontrer qu’ils ne sont pas seuls sur la scène internationale. Face aux sanctions américaines et européennes, et aux tentatives d’isolement commercial – le futur accord de libre-échange entre le Japon et l’UE en est un bon exemple – chaque pays a trouvé en l’autre un allié de circonstance.

Il est néanmoins légitime de se demander si cette entente sera durable. Même si X. Jinping a affirmé que la Russie était son partenaire stratégique le plus « digne de confiance », V. Poutine mise également sur l’Inde. Une feuille de route miliaire a même été signée entre les deux pays le 23 juin 2017, alors que les tensions entre la Chine et l’Inde ne cessent d’augmenter. On peut y lire l’ambition du Kremlin de devenir un acteur régional incontournable – et un fournisseur d’armes indispensable – en cas de futur conflit.

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Diplômée de Sciences Po Bordeaux (Master Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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