La fausse menace nucléaire nord-coréenne
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La fausse menace nucléaire nord-coréenne

 

Alors que débute demain le Sommet sur la Sécurité nucléaire à Séoul, en Corée du Sud, c’est bien le voisin nord-coréen qui est à nouveau au centre des attentions. Comme si, après l’Iran, il fallait remettre le danger nucléaire au goût du jour.

La disparition de Kim Jong-Il n’aura donc pas fait encore fait disparaitre les risques d’une attaque nucléaire nord-coréenne. Depuis quelques années, la Corée du Nord joue au chat et à la souris avec la communauté internationale, et notamment l’AIEA, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Ayant plusieurs fois rejoint puis quitté le Traité de Non-prolifération nucléaire (le seul traité mondial véritablement contraignant sur la question nucléaire), elle a maintes fois également refusé de respecter certains engagements pris envers l’AIEA.  En février, les Américains avaient ainsi fourni de l’aide alimentaire aux Nord-coréens en contrepartie de l’envoi sur place d’experts de l’AIEA. Mais l’annonce d’un prochain test d’un missile le mois prochain a douché les espoirs (vains) d’un consensus à l’amiable.

Obama fait confiance à la Chine

A la veille de ce nouveau sommet, Barack Obama a rappelé à la Chine qu’elle devait adopter une position claire vis-à-vis du nucléaire coréen. Cependant, le Président américain a beau jeu d’appeler à une prise de conscience diplomatique chinoise tout en lui demandant expressément d’être moins véhémente sur d’autres sujets régionaux. Mais là encore, la future élection présidentielle américaine oblige le très mesuré Obama à accélérer sa pression sur la Chine, position qui ne sied guère au Président américain.

Contrairement à l’Iran, dont la menace nucléaire est légèrement plus claire, il faut plutôt croire que les pressions nord-coréennes ne soient véritablement qu’un feu de paille. Le test du mois prochain sera l’occasion pour le nouveau dirigeant Kim Jong-Un de rendre hommage à son grand-père, né il y a un siècle. Mais aucunement l’occasion pour celui-ci de rendre sa menace crédible. La Corée du Nord n’a absolument aucun intérêt à prendre le risque d’une escalade meurtrière, mis à part le fait de prendre une revanche sur la perte d’une guerre il y a … soixante ans. Néanmoins, il ne faut pas non plus sous-estimer la capacité de ce pays à tenter son va-tout, de manière suicidaire.

En résumé, il y a peu de rapprochements à faire entre les deux sujets de tension sur le front nucléaire en ce début d’année (sujets vraisemblablement débattus une nouvelle fois lors du Sommet de Séoul). La Corée du Nord est bien moins capable que l’Iran de passer au stade de l’attaque nucléaire. Et les tensons de plus en plus croissantes entre deux camps politiques nord-coréens (les pro et anti-négociations avec les Etats-Unis) révèlent bien le clair manque de crédibilité de la menace nord-coréenne

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d'HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d'un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l'Association Les Yeux du Monde

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One comment

  1. Bonjour Alexandre,

    Tout à fait d'accord avec vous sur cette excellente analyse.

    Un point me semble cependant discutable: il n'est pas sûr que les 60 ans de "paix" aient été vécus de la même manière de part et d'autre la DMZ… Dans un pays où l'armée tient un rôle prépondérant et où la propagande est omniprésente et efficace (cf: le deuil national, que je crois sincère, à la mort de Kim Jong-Il), le sentiment belliqueux des Nord-Coréens, entretenu par les dirigeants dans un but fédérateur, n'est pas à sous-estimer. Voir les mêmes dirigeants passer à l'action est autre chose, en effet.

    En-dehors de cela, je pense que l'on parle beaucoup d'un pays sur lequel nous avons énormément de préjugés et dont on ne sait, au final, que peu de choses.

    Les services secrets des nations occidentales n'ont, par exemple, appris le décès du Cher Leader que 3 jours après, c'est-à-dire lors de l'annonce officielle de sa mort. C'est dire l'efficacité de notre infiltration !

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