Biélorussie : l’Algérie comme pont stratégique africain
En décembre 2025, l’Algérie et la Biélorussie ont franchi une nouvelle étape significative dans leurs relations bilatérales. La série d’accords signés à l’occasion de la visite officielle du président biélorusse Alexandre Loukachenko à Alger, les 2 et 3 décembre, marque une volonté politique commune de diversifier et d’intensifier leur coopération économique, industrielle, technologique et agricole.
L’agroalimentaire, porte d’entrée de la Biélorussie en Afrique

Depuis plusieurs années, Minsk accroît discrètement sa présence sur le continent africain, principalement dans les secteurs agricoles et agroalimentaires. Alors que de nombreux pays africains cherchent à moderniser leurs systèmes agricoles et sécuriser leurs approvisionnements alimentaires, la Biélorussie multiplie des initiatives en matière de mécanisation, d’équipements agricoles et d’expertise technique.
De manière générale, les efforts de la Biélorussie s’inscrivent dans une stratégie visant à devenir un partenaire utile dans la transformation des systèmes agricoles africains.
L’Algérie, de son côté, pourrait jouer un rôle de hub régional pour la Biélorussie, compte tenu de sa position stratégique en Afrique du Nord et de son influence économique sur d’autres marchés du continent. Elle ouvre ainsi des perspectives d’exportation et de coopération triangulaire.
Par conséquent, la visite du chef de l’État biélorusse à Alger a été qualifiée « d’historique » par les représentants des deux pays. Historique par sa portée, par le volume et la diversité des accords conclus. À l’occasion de ce déplacement, ils ont signé une Déclaration conjointe sur le renforcement du partenariat et de l’amitié. De même qu’une feuille de route de coopération pour 2026-2027, qui donne une vision stratégique aux relations bilatérales.
Les accords clés de décembre 2025
Parmi les principaux résultats concrets du Forum économique algéro-biélorusse organisé à Alger début décembre, cinq accords majeurs de partenariat commercial et industriel ont été signés.
L’un des axes forts des accords est le développement de coopération agricole et agroalimentaire. Outre la production de matériel, un accord spécifique visant à renforcer la santé animale a été signé. Cette dernière est un élément crucial de la productivité agricole et donc de la production alimentaire locale.
Parallèlement, un mémorandum prévoit un renforcement de la coopération industrielle dans la fabrication de tracteurs et d’équipements agricoles. L’Entreprise des Tracteurs Agricoles (ETRAG) algérienne et la biélorusse Bobruiskagromach devraient la mettre en place. Cela permettrait d’incarner une volonté d’échange de technologies et d’expertise.
Les deux pays ont également conclu un accord entre chambres de commerce et instauré un mécanisme de coopération destiné à faciliter les échanges d’affaires, encourager les investissements et appuyer l’émergence de projets conjoints. Ce cadre vise notamment à approfondir les relations économiques et à orienter les entreprises vers des opportunités de coopération bilatérale.
Perspectives et enjeux du rapprochement
Le rapprochement algéro-biélorusse va bien au-delà de simples échanges commerciaux. Il s’inscrit dans une dynamique globale de diversification économique de part et d’autre. Pour l’Algérie, la coopération avec la Biélorussie représente une opportunité d’accélérer la transformation industrielle, de renforcer la souveraineté alimentaire et d’augmenter l’emploi local à travers des projets manufacturiers. Cette volonté est matérialisée par un accord qui prévoit l’installation d’une usine de fabrication d’autobus à Bouira. Il s’agit du fruit d’un partenariat entre la société publique algérienne SFVUI et le constructeur biélorusse MAZ. Cette unité devrait employer plus de 600 personnes et produire jusqu’à 1 000 autobus par an. Elle permet de renforcer la capacité industrielle nationale tout en favorisant le transfert de technologies. Pour la Biélorussie, cette relation consolide son rôle en tant que fournisseur de technologies industrielles et agricoles.
Néanmoins, ce rapprochement algéro-biélorusse s’inscrit dans un environnement géopolitique international marqué par la détérioration durable des relations entre Minsk et l’Union européenne. Les sanctions économiques et financières imposées à la Biélorussie ont limité son accès aux marchés occidentaux. Dans ce contexte, la diversification des partenariats n’apparaît plus comme une option, mais comme une nécessité stratégique pour Minsk. L’Afrique devient ainsi un espace privilégié de redéploiement économique et diplomatique. L’Algérie, qui dispose d’une stabilité politique relative, d’un marché important et d’une ambition industrielle affirmée, illustre cette conjoncture.
Pour l’Algérie, ces circonstances créent une fenêtre d’opportunité. En s’associant à un partenaire disposant d’un savoir-faire industriel reconnu, Alger renforce sa stratégie de souveraineté productive et de réduction de la dépendance aux importations. Ce partenariat permet également à l’Algérie de s’inscrire dans une logique de coopération Sud-Sud pragmatique. Le transfert de technologies, la production locale et la création de valeur ajoutée nationale fondent cette nouvelle logique.
Conclusion
Ainsi, les accords de décembre 2025 ne constituent pas seulement une série d’engagements sectoriels. Ils traduisent une recomposition des alliances économiques dans un monde multipolaire, où les contraintes géopolitiques redessinent les trajectoires de coopération. Le succès de ce rapprochement dépendra désormais de sa mise en œuvre concrète. En passant par la capacité des deux États à transformer les engagements politiques en projets industriels viables, et de leur aptitude à inscrire ce partenariat dans une vision stratégique durable.


