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L’histoire de l’Irlande du Nord arrive-t-elle à son terme ?

 

En pleine tourmente politique après la démission du vice-Premier ministre du gouvernement local, Martin McGuinness, l’Irlande du Nord connaît inexorablement un éloignement du Royaume-Uni, posant la question sur la possibilité de réunifier l’Irlande à terme.

Martin Mcguinness, démissionnaire, est un artisan du processus de pacification en Irlande du Nord après les « Troubles »

L’histoire de l’Irlande du Nord est complexe et teintée de nationalisme. Elle naît de manière autonome en 1920 suite à la Guerre d’indépendance irlandaise (1919-1921), par le traité Government of Ireland Act 1920, à la suite duquel l’Irlande du Nord décide de ne pas intégrer l’Etat libre d’Irlande, en décembre 1921. L’Irlande est alors coupée en deux, les six comtés du nord de l’île demeurant britanniques. Il est utile de rappeler que la dénomination d’Ulster pour évoquer l’Irlande du Nord est abusive, la province d’Ulster regroupant administrativement les six comtés nord-irlandais mais également trois de la République d’Irlande. En 1968, des mouvements civiques naissent pour protester contre la discrimination envers les catholiques. Il s’en suit trente années de « Troubles », durant lesquelles l’Irish Republican Army (IRA) mène de nombreux attentats contre la présence britannique en Irlande du Nord. Cette période est marquée par le Bloody Sunday, le 30 janvier 1972, au cours duquel 470 personnes meurent lors d’une escalade de violences à la suite d’une manifestation à Londonderry.

Le 10 avril 1998 est signé un accord de paix qui prévoit l’instauration d’une assemblée et d’un gouvernement semi-autonomes en Irlande du Nord avec le partage du pouvoir entre protestants et catholiques. L’IRA abandonne définitivement la lutte armée en 2005, bien que des groupuscules dissidents survivent à cette pacification (IRA-Véritable, IRA-Continuité…). Le parti politique nationaliste irlandais, le Sinn Féin, accepte le partage des pouvoirs en 2006 et son numéro deux, Martin McGuinness, devient vice-Premier ministre de ce gouvernement de Belfast en 2007.

Un scandale politique qui fragilise l’équilibre nord-irlandais

Alors que le Royaume-Uni a lancé sa procédure pour quitter l’Union européenne, l’Irlande du Nord, qui a voté contre le Brexit à 56%, connaît une crise politique qui inquiète Londres. Les juges anglais doivent se prononcer sur l’obligation ou non de consulter les Parlements régionaux sur la mise en place du Brexit. Dans le cas d’une réponse par l’affirmative, la procédure pourrait être retardée. En effet, le Parlement d’Irlande du Nord a été dissout suite à la démission de McGuinness. Les règles établies à la fin de la guerre civile, en 1998, indiquent que la défection d’une des parties qui se partagent le pouvoir, entraîne la démission forcée de l’autre, en l’occurrence la Première ministre Arlene Foster, leader du parti unioniste démocrate, favorable à l’intégration au Royaume-Uni. Le ministre anglais chargé de l’Irlande du Nord a été obligé de prononcer la vacance du pouvoir et la dissolution du Parlement jusqu’à la tenue de nouvelles élections anticipées prévues le 2 mars prochain.

Martin McGuinness, s’est retiré définitivement de la vie politique le 19 janvier dernier, invoquant ses sérieux problèmes de santé. Ancien chef de l’IRA, il est la figure charismatique du processus de paix et du partage des pouvoirs dans le camp des nationalistes irlandais. Cependant, sa démission est une manœuvre pour forcer Alene Forster à quitter elle aussi ses fonctions. Elle est en effet accusée d’avoir accordé des subventions importantes afin de développer les énergies renouvelables qui auraient donné lieu à des abus. Un lanceur d’alerte a ainsi cité une aide d’un million de livres promis à un fermier pour chauffer un hangar vide.

Influence de la démographie

Ce qui éloigne le plus l’Irlande du Nord du Royaume-Uni, au-delà du Brexit et des distances prises avec Londres, c’est la tendance démographique. Dans un premier temps, le nombre de protestants a fortement chuté par rapport aux catholiques. En quelques années, le rapport de force est passé de deux tiers/un tiers en faveur des protestants à 48% de protestants pour 45% de catholiques selon le recensement de 2011. La poussée migratoire que connaît l’Irlande du Nord tend également à diminuer l’importance numéraire des protestants unionistes d’Irlande du Nord.

Isolée politiquement, culturellement et démographiquement du Royaume-Uni, l’Irlande du Nord va connaître des élections reflétant l’adhésion ou non au Brexit. Dans un contexte où la proportion de protestants diminue alors que l’Irlande du Nord a été créée pour servir de refuge à cette population protestante dans une Irlande majoritairement catholique, parler de réunification de l’Irlande n’apparaît pas absurde.

About Marc GERARD

Etudiant en Master recherche Histoire des Mondes Modernes et Contemporains à l'Université Bordeaux Montaigne. Rédacteur aux Yeux du Monde depuis janvier 2016.

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