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Les robots tueurs, la prochaine révolution militaire permise par l’ONU

 

La semaine dernière se tenait la Convention sur les Armes Conventionnelles à Genève. Durant ces 5 jours de discussions, il a notamment été question des Systèmes d’Armes Létales Autonomes (S.A.L.A.). Ces armes munies d’une intelligence artificielle sont conçues pour décider seules de tuer ou non des cibles humaines.

L’ONU à la traîne sur les armes du futur

Les robots tueurs, la prochaine révolution militaire permise par l’ONUChaque année, des centaines de spécialistes en Intelligence Artificielle demandent aux Nations Unies d’interdire les « Robots Tueurs ». Ceux-ci posent non seulement des problèmes éthiques, mais aussi des risques techniques car ils pourraient être piratés et donc utilisés à très mauvais escient. La démonstration a été faite en 2015, lorsque l’entreprise de cybersécurité IOActive a transformé des robots industriels en armes par un simple piratage. Pour autant, l’ONU choisit de laisser libre-cours à leur développement, arguant qu’il ne s’agit là que de peurs irrationnelles.

De toute façon, la boîte de Pandore est déjà ouverte. Les principales puissances militaires disposent de SALA opérationnels et leurs investissements dans ce domaine sont en constante augmentation. Ainsi la Russie a testé avec succès des armes autonomes terrestres lors de l’exercice ZAPAD 2017. Puisque la course aux robots tueurs est désormais lancée, les débats éthiques sont quelque peu obsolètes, et il convient plutôt de s’intéresser aux bouleversements que ceux-ci vont entraîner.

Une nouvelle révolution militaire

Bien que cela soit sujet à débat, beaucoup d’historiens affirment que le passage à l’époque moderne (XV°-XVIII°) s’est fait par l’importante mutation des technologies militaires, qu’ils appellent « révolution militaire ». Ces évolutions, lancées par l’utilisation guerrière de la poudre noire, ont entraîné d’importants changements tactiques, opérationnels et stratégiques. En somme, c’est le plus important changement de toute l’histoire militaire, celui grâce auquel l’Occident a disposé d’un avantage militaire durant plusieurs siècles, avec les conséquences géopolitiques que l’on connaît.

Il est encore difficile de prévoir les changements entraînés par les SALA, mais il est évident que ces mutations se feront à toutes les échelles et dans tous les espaces de conflits potentiels (terre, air, mer, espace voire cyberespace). Parmi les nombreux avantages militaires de ces armes on peut relever qu’elles sont financièrement abordables et qu’elles offrent des capacités guerrières supérieures aux limites biologiques des soldats humains. Mais le principal atout guerrier des SALA est qu’ils permettent à leur utilisateur de réduire ses pertes militaires, en réservant les combats aux robots et le reste aux humains.

Même si la guerre « zéro mort » ne sera pas atteinte par la substitution partielle des robots aux hommes, les SALA allègent les démocraties occidentales de leur principal obstacle à la guerre : les pertes militaires. L’opinion publique occidentale est de plus en plus sensible à ses soldats tombés, ce qui pousse la sphère politique à éviter la guerre pour préserver son électorat. Depuis les années 1990 et le mercenariat post-colonial, ces pays recouraient massivement aux sociétés militaires privées pour limiter leurs pertes officielles et ainsi pouvoir continuer la guerre, comme le font les États-Unis en Irak. Le principal changement apporté par les armes autonomes pourrait donc être géopolitique, bien plus que militaire. Il reste donc à voir si des armes qui facilitent le recours à la guerre se révéleront belligènes ou dissuasives.

About Jean-Max BERNARD

termine actuellement ses études d’intelligence stratégique à l’Université Nationale de La Plata (Buenos Aires). Mettant l’accent sur la trans-disciplinarité, il a auparavant étudié les relations internationales et les conflits dans plusieurs universités françaises.

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