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Pourquoi y a-t-il plus de tensions dans le monde aujourd’hui?

 

Avec le retour du printemps, les tensions pullulent à la fois entre les Etats mais aussi à l’intérieur des frontières. Ces inimitiés, plus nombreuses depuis la fin de la guerre froide, se multiplient depuis le début de la crise économique  et semblent avoir atteint leur acmé avec l’invasion de la Crimée par les troupes de Poutine le mois dernier. La mondialisation n’est plus un facteur de paix : au contraire, comme le pressentait Jaurès, la mondialisation et le capitalisme portent en eux la guerre comme la nuée porte l’orage. Pourquoi ? Deux facteurs liés ont sans doute joué leur rôle : la fragmentation du monde et la dilution du pouvoir.

Depuis 1991, loin de l’avènement d’un bourg global américain,  on a assisté à une fragmentation de l’espace mondial. Le nombre d’Etats reconnu par l’ONU est passé de 159 en 1990 à 193 en 2013, surtout en Europe. La remise en cause de l’intangibilité des frontières en Afrique avec l’indépendance du Soudan du Sud pourrait amorcer une seconde phase de ce mouvement. Avec ce nombre accru d’acteurs, de nouvelles frontières maillent les continents. Avec la revalorisation des matières premières stratégiques (pétrole, gaz, terres agricoles, ressources halieutiques, terres rares) et l’impératif de maîtrise des lieux stratégiques pour contrôler les flux commerciaux, les territoires reprennent de la valeur. Les acteurs veulent les contrôler, même le plus petit îlot de mer de Chine, le désert de l’Arctique ou l’Ossétie du Sud. En découle l’érection de nouveaux murs pour protéger des enclaves (Israël, Melilla, USA/Mexique) et une remilitarisation du monde.

Dans le même temps, le pouvoir a été conséquemment dilué. Il a d’abord subi une désintégration verticale avec l’apparition de nouveaux acteurs, aux côtés des Etats, doté d’un pouvoir de décision : les FMN avec la mondialisation économique, les organisations continentales, les ONG, diasporas voire l’opinion publique mondiale. Il a également été victime d’une redistribution horizontale avec le retour des émergents sur la scène internationale, en particulier celui de la Chine et le nouvel isolationnisme américain. La gouvernance mondiale est loin d’être acquise : 6 ans de crise et aucune décision coordonnée au niveau mondial n’a été prise. La crise européenne ne révèle-t-elle pas cette impossible gouvernance aggravant la crise ? La dilution du pouvoir donne l’impression aux électeurs qu’ils sont impuissants : l’époque est au désenchantement et à la crise de légitimité politique.

Face à des acteurs plus nombreux et plus faibles, les Etats et autres acteurs veulent remobiliser leur opinion publique : ils revigorent les particularismes culturels et  se recréent des ennemis. D’où la résurgence des tensions : entre l’UE et la Russie sur l’Ukraine, entre la Chine et le Japon en mer de Chine, entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, … Aussi, à l’intérieur des pays, les minorités deviennent des ennemis : c’est le retour de l’antisémitisme, du racisme voire de leur corollaire,  l’antiracisme. Par-delà l’avènement durable des partis populistes, il faut entrevoir une longue période de tensions persistantes entre acteurs, avivées par la guerre économique. Reste à savoir si elles se mueront en guerre.

About Grégoire HALLIEZ

est étudiant à Audencia Nantes après une classe préparatoire économique et commerciale au Lycée du Parc (Lyon).

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