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Drones armés : l’avenir de la guerre en débat (1/2)

 

Depuis quelques années, les frappes de drones se sont multipliées, particulièrement avec l’administration Obama. Pourtant cette arme et son usage soulèvent de nombreuses questions au niveau juridique, opérationnel et éthique.

Un drone prédator en vol
Un drone prédator en vol
La représentation que l’on se fait des drones (« figure aérienne du mal » pour certains, « arme humanitaire » pour d’autres) est représentatif du débat autour de ces engins. L’usage récurrent qu’en font l’armée américaine et la CIA ont poussé à la médiatisation du sujet (notamment à travers des enquêtes comme « dirty wars » de Jeremy Scahill) et à ouvrir un débat au public plus large sur ces questions de société. Les drones sont-ils illégaux ? Est-ce l’ultime étape d’une guerre déshumanisée ? Sont-ils réellement efficaces ?

Sur le plan de la légalité, le Droit International Humanitaire (DIH) n’est en aucun cas atteint dans ses principes généraux (cinq sont considérés comme fondamentaux : les principes d’humanité, de distinction, de précaution, de proportionnalité et d’interdiction des maux superflus et des souffrances inutiles). Ce n’est pas l’arme en elle-même qui viole ses droits, mais l’usage qu’on en fait. De plus, un drone, contrairement à des armes chimiques et biologiques par exemple, par sa capacité de tir précis permet en soi de mieux respecter ses principes du droit.

Pour ce qui est de son usage, la doctrine américaine a aujourd’hui défini des contours peu précis. Considérant que les Etats-Unis d’Amérique sont engagés dans un conflit armé non-international contre le terrorisme, le Department of Justice (DoJ) a dégagé trois critères pouvant justifier l’usage du drone : le fait que la cible représente une menace imminente contre les Etats-Unis ; que sa capture soit impossible ; l’opération doit se dérouler dans le respect du droit de la guerre. Ces trois critères permettent une interprétation large de la possibilité d’usage des drones, permettant à l’administration américaine de se retrancher derrière tout en laissant le champ libre aux critiques.

Se pose également la question de la souveraineté des pays où les drones opèrent. Les Etats-Unis considèrent dès lors que le pays est « incapable » selon eux de parer à la menace terroriste, alors ils sont en droit d’intervenir au nom de leur sécurité. L’administration américaine essaye de modifier les lois internationales en ce sens. Or pour le moment, on fait plus souvent face à des cas d’atteinte à la souveraineté nationale. C’est le cas notamment au Pakistan où les frappes de drones sont un sujet de tension entre Washington et Islamabad.

Sur le plan opérationnel et militaire, le drone est devenu un élément essentiel dans toutes les manœuvres aéroterrestres, aussi bien en termes de renseignement que de frappes. Il est l’outil référence de ce qu’on appelle les « frappes chirurgicales », malgré les dommages collatéraux. Les tirs de drones restent moins aveugles que celui de tout avion pour la même mission. L’assassinat d’un chef militaire du Hamas avait été mis en ligne par l’armée israélienne : sur la vidéo, on pouvait voir que le pilote du drone avait attendu le moment où la voiture de la cible était suffisamment à l’écart pour pouvoir l’abattre sans provoquer de dommages collatéraux. Ce qui n’exclue évidemment pas de nombreuses fois où le pilote tire en sachant pertinemment qu’il fera des victimes innocentes.

De plus, le drone a l’avantage d’éliminer les dangers physiques dans un camp. Les opérateurs de drones, parfois à des milliers de kilomètres de leurs cibles, ne prennent aucun risque lors de l’opération. Automatiquement, le seuil de prise de risque au niveau tactique est abaissé. Le danger serait de tomber dans la facilité en multipliant les assassinats ciblés sans réelles considérations des dégâts engendrés à chaque fois. Ils sont considérés toutefois par beaucoup comme une bonne réponse face à une menace asymétrique. Face aux kamikazes et aux attentats aveugles, les drones constitueraient la réponse asymétrique de l’Occident.

About Léonard LIFAR

est étudiant à Sciences Po Rennes. Passionné d'histoire et de géopolitique, il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis Janvier 2014.

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