Le Pacte de Bagdad
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Le Pacte de Bagdad

 
Les pays membres du traité en 1955

Signé en 1955, le Pacte de Bagdad, ou Traité d’Organisation de Moyen-Orient, est à l’origine un accord de coopération militaire de défense commune à l’initiative des Etats-Unis cherchant à nouer une alliance avec les pays du Moyen-Orient, de la Turquie au Pakistan. Ce traité peut-être rajouté à la longue liste résultant de la « pactomanie » américaine pendant la Guerre Froide des années 1950, qui vise à endiguer l’avancée politique et militaire de l’Union Soviétique suivant ainsi les préceptes de la doctrine Truman.

Le Moyen-Orient, zone stratégique mais hautement conflictuelle, exige de la part des Américains une action diplomatique progressive et subtile. En mai 1950 le Pakistan signe un accord de défense mutuel avec les Etats-Unis. En 1951 la Turquie entre dans l’OTAN. Cependant, considérant avec raison l’importance grandissante des l’idéologie panarabiste de Nasser dans la région, les Etats-Unis refusent de suivre une stratégie les assimilant à une puissance coloniale afin de maintenir de bonnes relations avec les pays arabes. Ils décident donc de faire jouer un acteur intermédiaire, le Royaume-Uni, puissance traditionnelle dans la région et rattachée militairement à l’armée américaine. Le 24 février 1955 la Turquie et l’Irak signent à Bagdad un pacte de défense commune. L’organisation est calquée sur celle de l’OTAN : un Conseil et un Comité militaire où siège un représentant américain.

Ce nouveau traité déstabilise les rapports de force géopolitiques de la région alors sous l’influence des ambitions indépendantistes et panarabistes de Nasser, en liant les pays arabes à une puissance occidentale. Nasser lance alors, avec le soutien de l’Arabie Saoudite, une campagne hostile au pacte dans la région, accusant notamment l’Irak de trahir la nation arabe. Le Moyen-Orient est divisé : la Syrie, le Liban et la Jordanie, tiraillés et faisant face à des tensions internes finissent par renoncer au pacte. Le sentiment nationaliste arabe s’en trouve renforcé et l’influence américaine affaiblie, alors que l’Union Soviétique gagne du terrain (la Tchécoslovaquie fournit l’Egypte nassérienne en armement, par exemple). Les Etats-Unis décident alors de se tourner vers Israël comme allié stratégique dans la région. C’est bien le signe d’un véritable échec du Pacte de Bagdad. D’autant que les révolutions internes (en Irak en 1958 puis en Iran en 1979) entérinent définitivement la fin de l’alliance et ouvrent le voie à une nouvelle (re)lecture géopolitique des enjeux et des relations internationales au Moyen-Orient.

About Chloé CAPARROS

Chloé Caparros est actuellement en stage de césure à Hong Kong dans le cadre de son Master à HEC, programme Grande Ecole. Titulaire d’un double-diplôme en Mathématiques Appliquées aux Sciences Sociales (Paris I – Panthéon-Sorbonne), elle est secrétaire de l’association Les Yeux du Monde.

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4 comments

  1. Félicitations pour la clarté de vos analyses.

    J'ai une question: l'Irak se démocratise et se mondialise, je le considère comme un pays emergé, pourquoi la monnaie reste aussi faible, ce que je considère comme un frein à l'explosion économique en cours.

    Merci de votre réponse.

  2. ppour répondre à Malo; je crois que l'Irak n'estpas encore au stade du pays émergent. L' Ir

  3. L'Irak est un pays où presque tout reste à reconstruire. Pour la faiblesse de la monnaie, cela résulte principalement d'une inflation galopante qui n'est autre que la résultat de la faiblesse du pouvoir régalien. Ce pouvoir reste tiraillé par des clivages tribales et religieux.

  4. pardon j'ai écrit "la résultat" au lieu de "le résultat"

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