La réunification de l'Allemagne
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La réunification de l’Allemagne

 
« Il y a beaucoup de murs à déconstruire ». Une oeuvre de l’East Side Gallery à Berlin, une galerie à ciel ouvert sur les ruines du mur. 

La longue histoire de la réunification en tant que processus politique, économique et social de rapprochement entre la RFA et la RDA et de re-création d’un Etat allemand date de la toute fin de la Guerre Froide. En 1989, malgré les difficultés économiques de la RDA communiste, l’unité allemande n’est ni envisagée ni envisageable. Cependant, l’ouverture de la frontière entre la Hongrie et l’Autriche en mai, les manifestations populaires en RDA de septembre et octobre puis finalement la chute du mur le 9 novembre suivant changent la donne. Dans la foulée, Gorbatchev se dédouane du sort de l’Allemagne et incite les dirigeants de la RDA à prendre leur destin en main. Ces derniers acceptent alors l’idée d’une réunification du pays. Le 3 octobre 1990 la constitution Ouest-allemande, ou Loi Fondamentale (Grundgesetz) est mise en vigueur à l’Est, jour alors déclaré fête nationale.

Les modalités de cette union, qui est à proprement parler une absorption de l’Est dans l’Ouest, sont nombreuses et complexes. Un traité de paix, le Traité des 2+4 est signé entre les deux Allemagne et les quatre puissances victorieuses de la deuxième guerre mondiale. La Mark Est-allemand est échangé à parité avec le Deutsche Mark jusqu’à hauteur de 6 000 Mark. 14 000 entreprises d’Etat de l’Est sont privatisées et la dette publique de la RDA est répartie à parts égales entre l’Etat fédéral et les nouveaux Länder. Qui plus est, Helmut Kohl, alors Chancelier qui avait promis aux Ossis des « paysages fleurissants », décide une augmentation des salaires et des retraites à l’Est afin d’éviter un exode massif vers l’Ouest, ainsi que la mise en place d’un impôt de solidarité. En 20 ans, 95 milliards d’euros ont été collectés et redistribués aux Länder de l’ex-RDA, ce qui n’est pas sans poser de vigoureux débats chez les Wessis (habitants de l’Ouest) qui se sentent floués. L’Allemagne qui se veut économiquement libérale est aujourd’hui le pays d’Europe où les subventions per capita sont les plus importantes.

On a tendance à penser que la structure politique fédérale a pu favoriser la réunification, mais force est de constater une scission Est/Ouest multiforme encore profonde. Plus de 20 ans après ce que les Allemands appellent à juste tire « die Wende » (le tournant), l’égalité entre l’Est et l’Ouest n’est toujours pas atteinte. Le taux de chômage constitue un indice très significatif : 12% à l’Est contre moins de 7% à l’Ouest en 2011. Les nouveaux Länder, économiquement plus fragiles, sont également en proie au dépeuplement : peu d’immigrés choisissent de s’y installer, de nombreux travailleurs et chômeurs partent rejoindre l’Ouest et le taux de natalité y est en-dessous de la moyenne nationale déjà très faible. A cela s’ajoute une incompréhension réciproque latente entre Wessis et Ossis cultivant l’  « Ostalgie » (i.e. la nostalgie de l’Est)) et qui fait de la nation allemande un concept encore complexe et discuté. Bref, on sous-estime trop souvent l’affaiblissement qu’a pu représenter la réunification pour l’Allemagne, un processus encore loin d’être terminé.

About Chloé CAPARROS

Chloé Caparros est actuellement en stage de césure à Hong Kong dans le cadre de son Master à HEC, programme Grande Ecole. Titulaire d’un double-diplôme en Mathématiques Appliquées aux Sciences Sociales (Paris I – Panthéon-Sorbonne), elle est secrétaire de l’association Les Yeux du Monde.

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