Les mouvements afro-américains des droits civiques des années 1960
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Les mouvements afro-américains des droits civiques des années 1960

 

Ces dernières années, la « révolution Kaepernick » (1) , en référence au joueur de football américain qui s’agenouilla pendant le Star-Spangled Banner pour contester les violences policières envers les Noirs, a fait trembler la NFL. En effet, ce geste de contestation – interdit par la NFL depuis le 23 mai 2018 – fut suivi par de nombreux joueurs afro-américains. Cet événement ne manque pas de faire écho aux manifestations civiles afro-américaines qui eurent lieu 50 ans plus tôt, à l’ère de Martin Luther King et de Malcolm X. De fait, les idées défendues par les mouvements civiques afro-américains dans les années 1960 n’ont jamais cessé d’être d’actualité.

Manifestation des « Black Panthers » aux États-Unis.

Une société marquée par les revendications civiles

Tommy Smith et John Carlos le poing levé lors de la remise des médailles.

Les mouvements des droits civiques aux États-Unis, dont la genèse se trouve dans la lutte pour la déségrégation, désignent les vagues de manifestations antiracistes qu’a connu le pays dès les années 1950. En 1968, bien que la ségrégation soit officiellement abolie aux États-Unis depuis le Civil Rights Act de 1964, son sombre héritage, le racisme, demeure ancré dans la société. Alors que Martin Luther King, porte-parole politique emblématique des droits civiques, vient d’être assassiné 4 mois auparavant, les Jeux olympiques de Mexico de 1968 vont être marqués par la mise en avant des revendications civiques des Afro-américains. En effet, alors qu’ils viennent de gagner le 200 m, Tommy Smith et John Carlos vont tous deux brandir sur le podium leur poing habillé d’un gant noir (ce qui n’est pas sans rappeler le signe des militants Black Panthers). Ce geste marquera l’histoire moderne des États-Unis et des JO car symbole de l’émergence la scène internationale du combat des Afro-américains pour la reconnaissance de leurs droits.

Un objectif, plusieurs méthodes

L’utilisation du pluriel dans la qualification de ces mouvements prend tout son sens au regard de l’hétérogénéité des moyens employés. En effet, la défense d’une égalité de droit pour tous trouve deux philosophies : l’une pacifique, et l’autre plus agressive.

Tout d’abord, les mouvements de manifestations pacifiques trouvent leur parangon en la personne de Martin Luther King. Ce pasteur américain, inspiré par le principe, promu par Gandhi, de désobéissance civile, fut le principal représentant des luttes estudiantines pacifiques en faveur du Civil Rights Act et contre l’inégalité de traitement entre les Afro-américains et les Blancs. Son célèbre discours « I have a dream… », prononcé lors de la marche sur Washington de 1963, contribua à donner une crédibilité inégalée à l’image politique des mouvements pour les droits civiques.

Bien qu’en accord avec l’objectif de reconnaissance des Noirs aux États-Unis, d’autres jugèrent la lutte pacifique insuffisante au combat pour les droits civiques. L’une des plus célèbres figures philosophiquement opposée à Martin Luther King est sans nul doute Malcolm Little, alias Malcolm X. Ce dernier critiqua vivement l’innocence du mouvement porté par King. En effet, il n’hésita pas à railler la fameuse marche sur Washington de mai 1963 en affirmant son incompréhension face à l’excitation des Noirs pour une manifestation civile « menée par les Blancs devant une statue d’un président mort depuis cent ans et qui ne nous aimait pas lorsqu’il était en vie ».

Bien souvent, par méconnaissance de ses idées, on lui attribue à tort une logique de manifestation violente. La réalité est un peu plus subtile. En effet, moins idéaliste de King, il ne prône pas la violence mais l’autodéfense. Ceci peut impliquer l’utilisation de la violence contre, et seulement contre, la violence (là où M.L.K répondrait par la parole), mais jamais à titre gratuit de manifestation.

Par ailleurs, son combat se concentra sur un aspect bien souvent oublié de la lutte des Afro-américains de l’époque : la défense de l’identité culturelle. En effet, certes, l’égalité de droit est un aspect crucial à atteindre pour la communauté noire de l’époque, mais l’acceptation culturelle en est un autre. Là où M.L.K croyait en la possible intégration des Noirs parmi les Blancs, Malcolm X parlait de simple cohabitation des races. Il ne croyait pas en la disparition du racisme et ne souhaitait en aucun cas que le désir de reconnaissance des Afro-américains par les Blancs implique un « blanchiment culturel » de ces derniers.

Malgré l’assassinat de Malcolm X le 21 février 1965, sa vision radicale inspira de nombreuses personnes. Son héritage philosophico-politique inspira la genèse du « Black Panther Party » en 1966. Ce mouvement radical, qui reprend le concept de « Black Power » de Stokely Carmichael, marquera jusqu’à aujourd’hui la rupture qu’il existe aux États-Unis au sein des mouvements civiques afro-américains.

Entre les plus optimistes, continuant de perpétuer l’enseignement de Martin Luther King, et les autres, qui n’hésitent pas à utiliser leurs poings en réponse aux injustices quotidiennes, les divergences sont nombreuses même si l’objectif demeure commun : la reconnaissance des droits et de l’intégrité des Afro-américains.

(1) Pour en savoir plus : https://www.lemonde.fr/sports-us/article/2016/09/22/la-revolution-kaepernick

About Uriel N'GBATONGO

Uriel N'gbatongo est étudiant à Grenoble École de Management après deux ans en classe préparatoire ECS au lycée Montaigne à Bordeaux. Passionné par les relations internationales, il est rédacteur aux yeux du monde depuis mai 2018.

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