La Mecque et Kerbala, une bataille de pèlerinages ? - Les Yeux du Monde

La Mecque et Kerbala, une bataille de pèlerinages ?

L’Arabie saoudite et l’Iran s’affrontent aujourd’hui dans une lutte d’influence pour le leadership régional. Dans cette course à la puissance, Ryad et Téhéran entendent se faire les porte-étendards de leurs confessions religieuses, respectivement sunnisme et chiisme, afin de s’imposer au Moyen-Orient. Par conséquent, les migrations religieuses propres aux deux branches de l’Islam sont comparées et sous-tension, en tant que qu’outils de rayonnement au Moyen-Orient.  

Cartographie des lieux saints.

En effet, les villes de Kerbala et de La Mecque illustrent l’origine, et la perpétuation du clivage structurant entre sunnites et chiites. En effet, lorsque Mahomet reçoit la révélation de la mission du prophète en 611, il fonde l’Islam avec La Mecque pour lieu saint. Puis, sa succession est le théâtre d’une guerre entre les Omeyades (sunnites) – grandes familles de La Mecque – soutenant le califat et donc le calife Abou Bakr et les fidèles d’Ali, gendre du premier prophète (chiites). Celle-ci prend fin en 680 à Kerbala, lorsque les troupes Omeyades tuent Hussein, fils d’Ali.

Depuis, chiites et sunnites réalisent chacun leurs propres pèlerinages. Les premiers ont pour obligation de se rendre à La Mecque une fois dans leur vie (le pèlerinage est même l’un des cinq piliers de l’Islam). Tandis que les seconds commémorent, en se rendant à Kerbala (aujourd’hui en Irak), la fin du deuil de 40 jours ayant suivi la mort d’Hussein.

Dans cette région où théologie et politique sont étroitement liées, les migrations annuelles vers ces deux cœurs confessionnels sont donc des enjeux de puissance. Le grave accident de 2015 à La Mecque en est un exemple, où une bousculade avait tourné à la panique et fait des centaines de morts. Parmi ces victimes, 446 Iraniens. Téhéran avait ainsi utilisé ce drame pour accuser l’Arabie Saoudite d’incompétence organisationnelle et nuire à son leadership religieux. La crise ayant par la suite connu une escalade – à travers le conflit au Yémen notamment – aucun Iranien ne s’est rendu à La Mecque en 2016 pour le pèlerinage. Téhéran et Ryad n’ont pu s’accorder sur les modalités d’accueil des ressortissants iraniens, chacun accusant l’autre d’être responsable du blocage.

D’autre part, si La Mecque a accueilli 2 millions de sunnites en août 2017, Kerbala a reçu plus de 10 millions d’Irakiens, 2 millions d’Iraniens et plus de 500 000 chiites venus du monde arabe (Afghanistan, Golfe et Liban). Ceux-ci ont bravé les menaces d’attentats de Daech, se revendiquant du sunnisme, et ayant déjà frappé les pèlerins l’an passé. Ces migrations religieuses témoignent ainsi de la vigueur du chiisme, mais aussi de l’enjeu sécuritaire autour des migrations. Pour autant, elles peuvent revêtir un caractère politique : la victoire contre le sunnisme extrémiste était également célébrée à Kerbala lors du dernier pèlerinage. L’influence régionale passe donc, irrémédiablement, par le religieux en ce qui concerne le Moyen-Orient.

 

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