Guerre commerciale USA-Chine : une trêve en trompe-l’œil - Les Yeux du Monde

Guerre commerciale USA-Chine : une trêve en trompe-l’œil

Les Etats-Unis et la Chine se sont entendus le 1er décembre sur un compromis dans le cadre de la guerre commerciale que les deux pays se livrent depuis début 2018. Toutefois, ce « cessez-le-feu » ne saurait en rien signer la fin de la compétition commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, et ce pour des raisons structurelles liées à la nature du système international.

La « trêve » du G20, un frêle compromis ponctuant une série de mesures protectionnistes

Guerre commerciale USA-Chine : une trêve en trompe-l’œil
USA-Chine, une guerre d’usure commerciale

L’année 2018 a été marquée par une escalade commerciale sans précédent entre les Etats-Unis et la Chine, cette dernière étant tenue entièrement responsable du déficit commercial américain par le président des Etats-Unis Donald Trump. La guerre commerciale a notamment pris un tournant sévère en septembre dernier, lorsque de nouveaux droits de douane américains ont été annoncés sur $200 milliards de produits chinois, portant le total de produits taxés à $250 milliards, soit la moitié des imports chinois aux Etats-Unis. Le gouvernement chinois de Xi Jinping a répliqué en imposant des taxes sur $110 milliards de produits américains. L’écart observé entre les montants taxés de part et d’autre du Pacifique s’explique par le fait que, contrairement à la Chine, les Etats-Unis sont un importateur net, ce qui leur laisse plus de levier en matière de droits de douane.

Lors d’un dîner de travail en marge du G20 tenu à Buenos Aires les 30 novembre et 1er décembre, Donald Trump s’est entendu avec son homologue chinois Xi Jinping pour ne pas augmenter les tarifs douaniers en place, de 10 à 25 %, au 1er janvier 2019 comme il était initialement planifié. La Chine s’est de son côté engagée à accroître ses importations américaines et à négocier des changements structurels en matière de politique commerciale. Cet accord suspend donc provisoirement l’escalade de l’année 2018 entre les deux pays, alors que Donald Trump menaçait en septembre de taxer la totalité des importations chinoises. Ce dernier s’est réjoui d’un « accord extraordinaire », tandis que l’agence d’Etat chinoise Chine Nouvelle saluait un « soulagement pour la communauté internationale ».

La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine reflète une lutte pour l’hégémonie internationale

Que l’on ne s’y trompe pas : le fragile compromis trouvé en marge du G20 ne saurait constituer en aucun cas une happy end à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Si un ralentissement, voir un arrêt de l’escalade des tarifs douaniers serait envisageable et bienvenu, il n’en reste pas moins que la bataille commerciale que se livrent l’Oncle Sam et l’Empire du Milieu reflète un problème structurel bien trop profond pour être résolu par la « trêve » du G20, à savoir le déclin relatif de l’hégémon international que sont les Etats-Unis. L’application de droits de douane sur les importations chinoises trouve bien entendu des explications domestiques, notamment liées aux délocalisations successives des entreprises américaines, mais ne peut se comprendre comme une réaction isolée ou personnelle de Donald Trump. Au contraire, la politique commerciale américaine actuelle reflète de manière frappante la position des Etats-Unis sur la scène internationale, celle d’une puissance menacée.

Un bref détour théorique s’impose à ce stade. Dans le système international « anarchique » que nous connaissons, c’est-à-dire caractérisé par l’absence d’une autorité souveraine supérieure aux Etats, la lutte pour le pouvoir reste le moyen le plus efficace pour les Etats d’assurer leur survie. Chaque Etat tente de gagner et conserver du pouvoir, aux dépens des autres. En l’occurrence, le meilleur moyen de se protéger serait de ne pas avoir de rival crédible, une position qualifiée d’hégémonique. A ce jour, les Etats-Unis restent le seul hégémon international de l’histoire moderne. La montée en puissance de la Chine depuis les années 1980, et d’autant plus depuis les années 2000, remet en cause la position hégémonique américaine.

La Chine assume effectivement une position de rivale de plus en plus crédible. Devenue première puissance économique mondiale en termes de PIB en 2014, la Chine voit loin, et rêve à terme de détrôner la superpuissance américaine. Encore loin derrière les Etats-Unis, le budget militaire chinois a toutefois connu une hausse significative en 2018. Le programme « Made in China 2025 », lancé en 2015, a pour but de favoriser l’émergence de « champions nationaux » dans les industries du futur, comme l’intelligence artificielle, et d’accroître de manière significative le développement de l’industrie électronique nationale, avec comme objectif $305 milliards de revenus en 2030 – contre $65 milliards en 2016. La Chine s’introduit donc dans un domaine qualifié de stratégique à la Maison Blanche. Face à ces menaces, les Etats-Unis, en tant qu’Etat le plus puissant du système international, cherchent naturellement à maintenir leur position, et donc à contenir la montée de la Chine, notamment en frappant ses exportations. Le compromis trouvé, loin de signer la fin du combat, s’apparente donc bien plus à la minute de repos où chacun reprend son souffle avant de remonter sur le ring.

Sources

https://www.bbc.com/news/business-44529600

https://www.lemonde.fr/international/article/2018/12/02/la-chine-et-les-etats-unis-s-entendent-sur-une-treve-dans-leur-guerre-commerciale_5391479_3210.html

https://www.liberation.fr/planete/2018/12/02/commerce-la-chine-et-les-etats-unis-concluent-une-treve-mais-des-obstacles-demeurent_1695565

Mearsheimer, John, The Tragedy of Great Power Politics, New York: W.W. Norton & Company, 2001 (reedited: 2014)

https://www.nytimes.com/2018/09/17/us/politics/trump-china-tariffs-trade.html

About Thibault FARAUS

Thibault FARAUS est étudiant en 3ème année à Sciences Po Lyon et actuellement en échange à l’Université de Vancouver. Passionné par les questions diplomatiques et la marche du monde à l’heure de la mondialisation. Rédacteur aux Yeux du Monde depuis août 2018.

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