«Bombe H» : au Nord, rien de nouveau? - Les Yeux du Monde

«Bombe H» : au Nord, rien de nouveau?

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Sortie du traité de non prolifération nucléaire en 2003, la Corée du Nord avait effectué des essais nucléaires en 2006, 2009 et 2013. L’annonce par le régime, le 6 janvier 2016, d’un test fructueux de bombe à hydrogène est ainsi venue s’ajouter à une liste déjà bien fournie. En matière d’intimidation, la Corée du Nord n’en est donc pas à son coup d’essai. Pourtant, le terme de «surprise» est revenu plusieurs fois pour qualifier l’évènement.

Depuis l'armistice de Panmunjom (27 juillet 1953), aucun traité de paix n'a été ratifié. Les deux Corées sont donc techniquement toujours en guerre.
Depuis l’armistice de Panmunjom (27 juillet 1953), aucun traité de paix n’a été ratifié. Les deux Corées sont donc techniquement toujours en guerre.

Pour les observateurs, la surprise de l’annonce tient en deux éléments : le supposé «saut technologique» enregistré par Pyongyang et la chronologie des évènements. En effet, si la maitrise de la filière plutonium et uranium par la Corée du Nord est plutôt bien connue, la maitrise de la filière hydrogène dans le domaine nucléaire constituerait une réelle surprise. Supposant une maitrise technologique bien supérieure à une bombe atomique classique (bombe A), une bombe à hydrogène (bombe H) présente également une puissance environ mille fois supérieure. L’annonce officielle faite par Kim-Jong-Un est cependant prise avec beaucoup de précautions, l’Institut américain de géologie n’ayant relevé qu’un séisme de magnitude située entre 4,2 et 5,1, soit bien en dessous de la valeur qui aurait du être enregistrée en cas d’explosion d’une bombe H.

Les essais nucléaires de 2006, 2009 et 2013 avaient obéi à une chronologie relativement récurrente. Le régime annonçait son intention d’effectuer un essai balistique. S’en suivait une série de sanctions de la part de la communauté internationale, le plus souvent sans effets puisque l’essai avait finalement lieu. Cette fois-ci, la monarchie semble avoir voulu jouer sur l’effet de surprise.

L’efficacité du régime de sanctions en question

Passé cet effet de surprise, la communauté internationale a condamné unanimement cette nouvelle démonstration de force de Pyongyang. La Corée du Sud, par l’intermédiaire de sa présidente Park Geun-hye, a par ailleurs exhorté l’allié américain à engager des sanctions supplémentaires. La Chambre des représentants des Etats-Unis a oeuvré dans ce sens en proposant au Sénat, le 12 janvier, un durcissement des sanctions à l’encontre de la Corée du Nord. Les essais nucléaires répétés opérés par le régime nord-coréen posent cependant la question de l’efficacité d’un tel arsenal législatif. Face à cette impasse diplomatique, la Chine est parfois présentée comme l’acteur à même de décanter une situation figée jusqu’à maintenant. En effectuant 75% de son commerce extérieur avec le géant chinois, Pyongyang a développé une réelle dépendance à l’égard de la Chine. Ainsi, Pékin semble en mesure d’infléchir la position de son encombrant voisin. Les autorités chinoises avaient d’ailleurs appliqué des sanctions à l’encontre de la Corée du Nord en réponse à l’essai nucléaire effectué en 2013. Si la Chine a, cette fois encore, condamné l’attitude de Kim-Jong-Un, les capacités d’influence du pays restent très réduites face à un régime présenté de façon quelque peu abusive comme son allié. Car la dépendance entre les deux pays est réciproque. La Chine n’a ainsi aucun intérêt à voir disparaitre un Etat qui fait office de zone tampon. La disparition de la Corée du Nord impliquerait en effet le déploiement à sa frontière de troupes américaines stationnées en Corée du Sud jusqu’à présent. Une situation peu envisageable pour Pékin.

En l’absence d’acteurs ayant des intérêts immédiats à voir disparaitre la dictature nord-coréenne, tout laisse à penser que cette nouvelle démonstration de force ne provoquera aucun bouleversement fondamental. Pire, le plus grand gagnant semble être Kim-Jong-Un lui-même, qui dispose désormais d’un argument supplémentaire pour faire valoir sa grandeur auprès d’une population cadenassée, bombe H…ou non.

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