Le désintérêt européen pour la Biélorussie

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Beaucoup affirment que la Biélorussie demeure le dernier bastion anti-démocratique en Europe. Alors que le pays pourrait jouer un rôle majeur dans la stratégie énergétique européenne, l’Europe se borne à ne réduire le pays qu’à son statut de banni.

Les élections législatives qui se jouent ce week-end en Biélorussie ne sont d’aucun intérêt. Elles confirmeront la suprématie du parti au pouvoir, qui contrôle le pays depuis bientôt vingt ans. Lors de son élection en 1994, le Président Loukachenko s’était empressé de réduire les pouvoirs du Parlement, dans un pays qui sortait à peine de quarante-cinq ans de mainmise soviétique. L’espoir a donc duré quelques années, Minsk ayant été le siège de la fondation de la Communauté des Etats Indépendants en 1992. Depuis lors, c’est comme si le lien avec la mère Russie n’avait jamais été coupé, Loukachenko tournant définitivement le dos à l’Europe.

L’opposition n’a presque plus le droit de cité. Elle a d’ailleurs appelé les Biélorusses à ne pas voter pour ces élections législatives. Espérer un désaveu du président actuel s’avère être pure fiction, surtout dans un pays où 80% de l’économie est contrôlée par l’Etat (on comprend donc évidemment le moyen de pression que peuvent jouer les pouvoirs publics sur les potentiels abstentionnistes).

L’Europe absente, pour ne pas effrayer Moscou ?

Aussi incroyable que cela puisse paraitre, l’Europe se désintéresse presqu’entièrement du cas biélorusse. Alors que certains pays européens (principalement la France) mènent le front depuis quelques mois pour fabriquer un artéfact de démocratie dans certains pays arabes, ils jugent probablement que faire évoluer le régime biélorusse n’est d’aucun intérêt (économique et politique). Principalement car une telle influence aurait de quoi distendre les liens (déjà hautement tendus) avec Moscou, la Russie constituant le seul (mais puissant) appui de Loukachenko dans la région. Moscou a ainsi sauvé la Biélorussie de la crise financière (la Biélorussie est bien loin d’être autarcique, malgré certains dires) grâce à quelques milliards de dollars de subventions énergétiques.

Pourtant, l’implosion n’est pas à négliger. Une inflation en hausse marquée (+ 20%) et une productivité en baisse sont des signes inquiétants, signes d’ailleurs bien perçus par la population, celle-ci souhaitant majoritairement un changement de régime.

La Biélorussie est aussi dépendante de la Russie que la Corée du Nord l’est envers la Chine. Seule une chute de l’appui financier russe pourrait véritablement provoquer de graves remous internes. Evénement malgré tout d’une probabilité faible, tant Moscou ne souhaite pas voir passer un des deux membres de son « cordon sanitaire » (avec l’Ukraine) du côté européen.

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