Fortaleza : le Bretton Woods des émergents?

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Le 15 Juillet 2014 dans une ville du Nordeste brésilien, les cinq pays des BRICS se sont accordés sur le lancement d’une nouvelle institution financière : la Nouvelle Banque de Développement (NBD). Optimisme, prudence, cynisme sont les mots caractérisant les réactions devant cet évènement.

Un premier pas a été franchi dans la refonte de la gouvernance économique mondiale. L’idée des BRICS de disposer de leur « propre » banque de développement ainsi que d’une réserve de change commune prend enfin forme après plusieurs années de discussion. Cette banque devrait être dotée d’un capital initial de 50 milliards de dollars, ayant pour but le financement des infrastructures dans les pays émergents. Adossé à cette structure, un mécanisme de réserves contingentes (MRC) de 100 milliards de dollars avec pour objectif de protéger ces pays en cas d’importantes fluctuations sur le marché des devises ou de violentes sorties de capitaux. En contestation à l’hégémonie du dollar, les échanges entre pays membres devront s’effectuer avec leurs propres monnaies.

Des moyens d’actions limités…

En Occident, la nouvelle a été globalement accueillie avec dédain ou scepticisme. Les deux nouvelles structures n’ont en effet pas encore la force de frappe des institutions de Bretton Woods. Le capital de la NBD est quatre fois inférieur à celui de la Banque Mondiale, tandis que le MRC dispose d’un fond de réserve dix fois inférieur à celui du FMI.

Pour les économistes, cette dotation de 50 milliards sera bien insuffisante pour résoudre le problème des infrastructures dans les pays émergents (dont le besoin annuel de financement est estimé à 1.000 milliards de dollars). De plus, la question de l’octroi des prêts n’a pas encore été détaillée. Ces nouvelles institutions devront donc réussir à être assez souples pour concurrencer les institutions en place tout en étant suffisamment rigoureuses pour éviter le financement « d’éléphants blancs » ou le défaut de paiement.

La mise en place de cette structure est donc un véritable test pour les BRICS, qui vont devoir démontrer sur le long terme leur capacité de cohésion et de responsabilité sur la scène économique mondiale.

Mais une portée géopolitique considérable.

Toutefois, la symbolique de cette nouvelle institution est très importante. Ce groupe de pays qui représente 40% de la population mondiale et 1/5ème du PIB mondial, déçu par le statisme des institutions de Bretton-Woods où ils se considèrent sous-représentés, trouve enfin avec cette institution un moyen de faire plus entendre leur voix dans la gouvernance économique mondiale.

Les BRICS veulent proposer un système parallèle, voire un système alternatif. Mettant l’accent sur le fait que les prêts ne seront pas assortis de conditionnalités contraignantes et qu’ils ne seront pas accompagnés d’ingérences politiques, ce message est clairement envoyé au FMI, qui a du mal à se détacher de l’image négatives des fameux « plans structurels ». La création de cette institution a d’ailleurs eu un écho très favorable dans les pays d’Amérique Latine, particulièrement en Argentine au moment où le pays est poursuivi par des « fonds vautours » via la justice américaine.

Sur le court-moyen terme, les BRICS devraient tirer quelques avantages concrets de cette initiative : une meilleure garantie de leurs approvisionnements en matières premières ; l’augmentation de leurs investissements dans les autres pays émergents ; le début d’une contestation institutionnelle à l’hégémonie occidentale sur la gouvernance économique mondiale. Car en effet, comme l’expliquait récemment le directeur brésilien de l’OMC, Robert Azevedo, « les cercles de décision du commerce mondial sont en train de changer ».

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