Téhéran et enrichissement d’uranium, bluff ou menace ?

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Depuis le 7 juillet, Téhéran a annoncé commencer à enrichir son uranium à un taux d’uranium 235 supérieur à 3,67%. Ceci est en opposition avec les engagements pris dans le cadre des accords de Vienne.

Les accords de Vienne (2015) âprement négociés semblent menacés
Les accords de Vienne (2015), âprement négociés, sont menacés par Washington et Téhéran

Malgré un enrichissement prévu proche des 5%, cela reste bien loin des 90% nécessaires à la production d’une matière utile à la constitution d’une bombe. La ligne est donc pour le moment symboliquement franchie mais reste loin des pourcentages précédant les accords de 2015. Le pays des ayatollah joue donc un jeu de dissuasion, fait planer le doute. Cela est encore loin de représenter une menace nucléaire immédiate. En revanche, cet effet d’annonce démontre bien une chose : l’Iran ne respectera pas un accord nucléaire que rejette l’administration Trump et qui sanctionne le régime.

Un appel du pied aux autres signataires de l’accord ?

Cette politique de la menace semble donc s’orienter vers une tentative d’appel à la réaction des alliés des Etats-Unis pour négocier. Il est en effet inconcevable pour l’Iran d’avoir fait des concessions nucléaires via les accords de Vienne et de ne plus bénéficier de l’ouverture de son marché en échange. Subir des sanctions américaines unilatérales tout en devant se plier à un accord que les Etats-Unis ont eux-mêmes quitté est considéré comme une insulte mais également comme un geste hostile. Une décision et une prise de position ferme des autres signataires des accords est donc attendue par le régime.

Les autres membres de l’accord, pays européens, Chine et Russie n’ont en effet pas été en mesure de tenir leur promesse. Contourner les sanctions américaines pour maintenir l’ouverture économique internationale du pays est difficile. Pire pour Téhéran, ces pays se sont désengagés économiquement. Ils ont usé de pragmatisme économique face à la menace d’extraterritorialité du droit américain.

Le problème semble donc insoluble pour cette puissance régionale. Sanctionnée économiquement, contrainte militairement, prise à la gorge par un accord dont elle ne tire aucun avantage économique comme initialement prévu, de quoi pousser le pays à une ligne dure.

Téhéran durcit sa ligne, stratégie recherchée par Washington ?

Pousser l’Iran à radicaliser sa position permettrait aux Etats-Unis de justifier une ligne de sanctions plus contraignantes. Est-ce une stratégie voulue et souhaitée à Washington ? Du moins certains conseillers proches de la présidence pourraient se laisser tenter. C’est le cas notamment de John Bolton. Il est cependant difficile de déterminer si un programme nucléaire clandestin était en place avant le rétablissement des sanctions. Ou s’agit-il simplement de contraindre économiquement l’ancienne Perse ? Les Ayatollah, asphyxiés financièrement seraient ainsi contraints  de rendre les armes et d’accéder à des exigences internationales plus strictes sur la question nucléaire.

Ces doutes laissent donc Téhéran au ban de la communauté internationale. Le pays tente donc par tout moyen de faire revenir les membres de l’accord à la table des négociations. La menace brandie d’un enrichissement supplémentaire tous les deux mois va dans ce sens. Ainsi, le régime teste la détermination de Donald Trump. Il cherche également à faire intervenir les autres membres du traité pour le maintien d’un accord.

Téhéran devient-elle une menace ?

Le pays accuse un retard technologique et militaire. Il semble ainsi peu probable qu’un programme nucléaire permette l’accès à la bombe dans les prochains mois. L’armée iranienne, bien que populeuse, n’est pas aux standards occidentaux ou régionaux. Enfin, l’Iran n’a aucun intérêt à faire étalage de sa puissance si ce n’est pour sa propre sécurité. En effet, posséder la bombe atomique est plus un moyen de dissuasion et de survie du régime. Rien ne prouve que l’Iran soit une menace si ce n’est idéologique.

Est-ce un choix logique de la part de l’Iran ?

Ce choix semble en effet logique dans la mesure où le pays a besoin de pays importateurs de son pétrole, notamment de la Chine. De plus, hormis les Etats-Unis, tous les Etats signataires se satisfaisaient de l’accord de Vienne en juillet 2015. Les menaces de l’enrichissement d’uranium et de non suivi des normes du traité sont en fait un moyen d’accélérer de potentielles prises de contact en vue d’une négociation.

En définitive, le choix de l’Iran de transgresser les règles du traité est également un moyen de jouer au propre jeu de la Maison Blanche. Le bluff et la pression politique servent donc les élites iraniennes pour tenter de bouger les lignes d’une situation économique intenable.

Choix logique donc, mais qui risque de mener à des sanctions supplémentaires et ne garantit absolument pas de mettre tout le monde à la table des négociations. Et si cette stratégie échoue le programme nucléaire iranien reprendra sans aucun doute de plus belle.

Sources :

-“L’Iran va enrichir de l’uranium a un niveau prohibé”, France Info TV, 7 juillet 2019 (https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/nucleaire-iranien/l-iran-va-enrichir-de-l-uranium-a-un-niveau-prohibe-et-s-affranchit-d-un-point-cle-des-accords-de-2015_3525295.html)

-“Revue de presse internationale”, France Culture, 9 juillet 2019, (https://www.franceculture.fr/emissions/revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-mardi-09-juillet-2019)

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Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant de Grenoble Ecole de Management et effectue une poursuite d'étude en géopolitique au sein de l'IRIS SUP'.

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