Le narcotrafic résiste encore et toujours à la pandémie

Shares

En septembre 2020, au large des Canaries, les autorités espagnoles ont saisi près d’une tonne de cocaïne destinée au marché européen sur la « nouvelle route africaine », révélant la poursuite du narcotrafic pendant la pandémie. Pourtant, aucun marché actuel ne résiste à la frénésie du covid-19. Les circuits mondiaux de la drogue en seraient-ils l’exception ?

Un narcotrafic qui a su se réinventer en temps de pandémie

Le narcotrafic par voie maritime n'a pas été affecté par le covid.
Le narcotrafic par voie maritime n’a pas été affecté par le covid.

Tout comme l’économie légitime, la pandémie a affecté les marchés de consommation et de production de drogue. La part de stupéfiants consommés dans un cadre récréatif a diminué dans l’Union européenne. Néanmoins, la consommation de cannabis européenne demeure stable. Incapables d’accéder à certaines molécules de synthèse comme le fentanyl produit à Wuhan, l’épicentre du coronavirus, les laboratoires européens de drogues de synthèse doivent diminuer la qualité de leurs produits. Mais ces marchés illégaux continuent à générer d’énormes profits.

Malgré des contrôles accrus aux frontières, le trafic international de drogues a continué au premier semestre de 2020. Bien que le narcotrafic aérien ait fortement réduit, le transport de drogues par voie maritime n’a pas été affecté par la pandémie. Ceci est révélé par les saisies importantes réalisées dans les ports européens. Cependant, le confinement a tout de même touché les circuits de distribution de drogues. Les narcotrafiquants ont dû redoubler de créativité. Ils ont diversifié et réutilisé leurs anciennes routes. Ils ont utilisé des drones pour accéder aux prisons anglaises, de jeunes enfants comme passeurs dans les Balkans. La vente de drogues sur le darknet a aussi augmenté. Cette période rappelle l’agilité des cartels pendant la « guerre contre la drogue » lancée par Nixon en 1971.

La diversification du business model des narcotrafiquants s’est accélérée

La pandémie mondiale a accéléré la diversification des activités des cartels de drogue. Déjà pendant la dernière décennie, les narcotrafiquants s’impliquaient dans des activités rentables. On peut mentionner notamment la culture d’avocat ou la gestion d’universités en Amérique latine. Néanmoins, ils peuvent désormais profiter de la crise internationale pour laver leur argent et investir dans un secteur économique fragilisé en manque de liquidités.

Au Mexique, les rapports de force s’accentuent entre l’Etat et les cartels qui cherchent à le remplacer. Ils renforcent leur emprise sur les territoires par l’accomplissement de gestes sociaux. En avril 2020, de nombreuses vidéos de cartels mexicains distribuant de la nourriture marquée du logo « El Chapo 701 » à de pauvres communautés ont circulé sur internet.

La pandémie a réaffirmé le poids croissant des nouvelles routes de la drogue

Au cours de la dernière décennie, de nouvelles routes de la drogue sont apparues. Le covid-19 n’a pas faibli leurs poids sur la scène mondiale. L’arrestation de trafiquants brésiliens du PCC à Maputo en avril 2020 montre que les routes de la drogue demeurent très internationales. Ainsi, à la suite de contrôles exercés par l’organisme Frontex aux frontières de l’UE, la route de l’héroïne Afghanistan-Europe ne passe plus principalement par les Balkans. Elle traverse désormais les ports secondaires du Moyen-Orient. De même, « l’A10 », route de la cocaïne vers l’Europe, circule désormais par les îles Canaries et la Guinée-Bissau, premier narco-état africain. L’Afrique du Sud, grâce à des infrastructures portuaires développées, est devenue un hub du narcotrafic de cocaïne.

De nouvelles plaques tournantes sont apparues. La Linea de la concepcion, ville espagnole à la limite de Gibraltar et d’Algesiras, est devenue la porte d’entrée de la cocaïne sur le vieux continent. Ces plaques tournantes deviennent également des marchés de consommation. Plus de 3% de Mombasa, lieu de transit du narcotrafic, a déjà consommé de l’héroïne en 2020.

La lutte mondiale contre le narcotrafic n’a pas su profiter de la pandémie pour annihiler certaines routes de la drogue. En 2020, la condamnation de Nicolas Maduro pour narcoterrorisme par les Etats-Unis n’a pas créé de réelles conséquences en Amérique latine. Les instances internationales se doivent donc d’anticiper la volonté des narcotrafiquants d’exploiter aujourd’hui le système financier sous pression.

Shares

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *