La stratégie solaire du Maroc

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En septembre 2021, l’opérateur britannique Xlinks annonce qu’il mène une pose de câble sous-marin entre le Maroc et la Grande-Bretagne. Ce câble de 3 800 km doit permettre à terme de couvrir 8 % des besoins énergétiques de la Grande-Bretagne avec de l’électricité issue du solaire et de l’éolien produite au Maroc. Ce projet est une des illustrations de la stratégie solaire du Maroc entreprise depuis plus d’une décennie.  

Centrale thermo-solaire Noor à Ouarzazate
Le complexe thermo-solaire Noor situé à Ouarzazate est l’un des plus grands au monde.

Le tournant énergétique du Maroc

Contrairement à son grand voisin algérien, le Maroc ne dispose que de peu de ressources en hydrocarbures. A la fin des années 2000, la dépendance énergétique du royaume est de 97,5 %. Le Maroc est alors extrêmement dépendant de ses importations énergétiques afin de satisfaire son accroissement démographique et son dynamisme économique. Entre 2002 et 2009, la consommation énergétique du pays croît de 10,5 à 15 Mtep. Cette évolution correspond à une croissance moyenne annuelle supérieure à 5 %.

C’est dans ce contexte que le Maroc lance en 2009 une nouvelle stratégie énergétique résolument orientée vers le développement du solaire et de l’éolien. En effet, le Maroc possède un potentiel en énergies renouvelables remarquable. Le pays est traversé par des vents stables et soutenus et bénéficie d’un ensoleillement intense sur l’ensemble de son territoire.

Rabat dévoile ainsi le Plan Solaire marocain le 2 novembre 2009. Il ambitionne de mettre en place une capacité de production électrique issue du solaire de 2 000 mégawatts à l’horizon 2020. Aussi, il prévoit que les énergies renouvelables couvrent 42 % des besoins électriques du pays, permettant de réduire la dépendance énergétique à 85 %. Le plan vise également à faire du Maroc un pôle énergétique sur le pourtour méditerranéen. L’agence Moroccan Agency for Sustainable Energy (Masen) voit le jour afin d’assurer le pilotage de l’ensemble du programme.

En février 2016, le roi Mohammed VI inaugure en grande pompe la première phase de Noor, l’immense complexe thermo-solaire de Ouarzazate. Ségolène Royal, alors ministre française de l’Environnement, est également présente.

Les résultats contrastés du Plan Solaire

Plus de 10 ans après son lancement, le Plan Solaire marocain présente des résultats nuancés. Malgré des avancés certaines, la plupart des objectifs fixés en 2009 ne sont pas atteints. Ainsi, la puissance installée de l’énergie solaire est seulement de 750 mégawatts en 2020. De plus, les énergies renouvelables ne couvrent pour le moment que 37 % de la puissance électrique installée dans le pays. L’hydroélectricité représente 16 % du total, l’éolien 11 % et le solaire 7 %. Enfin, la dépendance énergétique du Royaume s’élève 90,5 %.

Le rapport paru en 2020 du Conseil économique, social et environnemental (CESE) sur la transition énergétique au Maroc dresse un état des lieux critique du Plan Solaire. Le CESE met en évidence les retards pris dans la réalisation des projets et la mauvaise gestion de l’agence Masen. De plus, le rapport souligne le fait que les centrales solaires ne sont pas rentables. Le complexe de Noor coûte actuellement près de 75 millions d’euros par an à Rabat. Le CESE explique ces pertes par deux raisons principales. D’une part, l’agence Masen vend l’électricité à l’opérateur national à des tarifs préférentiels inférieurs aux coûts de production. D’autre part, le choix des panneaux solaires installés dans les centrales est également remis en cause. Le complexe de Ouarzazate est composé de miroirs incurvés reflétant les rayons du soleil. Les prix de cette technologie sont bien plus élevés que ceux des panneaux photovoltaïques.

L’énergie solaire comme outil de rayonnement à l’international

Les retards pris dans la réalisation des objectifs ne remettent cependant pas en cause la stratégie amorcée par Rabat depuis une décennie. Le Maroc aspire toujours à se poser en modèle africain dans le développement des énergies renouvelables et la lutte contre le réchauffement climatique. Le royaume a ainsi accueilli la COP 22 à Marrakech en 2016. Lors de la COP 26, le Premier ministre Aziz Akhannouch annonce un renforcement des ambitions climatiques de Rabat. Le Maroc se fixe désormais comme objectif à l’horizon 2030 de baisser ses émissions de gaz à effet de serre de 45 % et de porter ses capacités électriques durables à 52 % du total. Au-delà du développement des centrales solaires et éoliennes, l’efficacité énergétique est au cœur de ces nouvelles aspirations.

Le Maroc se classe en 5ème position dans le Rapport de l’Indice de Performance Climatique de 2022, derrière le Danemark, la Suède, la Norvège et le Royaume-Uni. Ce classement illustre les efforts réalisés par le royaume en termes de lutte contre le réchauffement climatique.

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Yann MARCILLON

est étudiant à l'IRIS SUP' au sein du parcours "Géopolitique et prospective" en double-diplôme à Grenoble École de Management.

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