Quel avenir pour le gazoduc Maghreb-Europe ?

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Le gazoduc Maghreb-Europe (GME) est un projet emblématique de la coopération énergétique régionale. Inauguré en 1996, il fonctionne sans encombre jusqu’au 31 octobre 2021. Le GME s’étend sur plus de 1300 kilomètres et relie les gisements gaziers algériens jusqu’à l’Espagne et au Portugal, en passant par le Maroc. Le royaume alaouite est traversé par le gazoduc sur une longueur de 540 kilomètres.

Le gazoduc Maghreb-Europe, un exemple rare de coopération régionale

En 2019, le volume de gaz exporté de l’Algérie via le GME est de 10 milliards de m3. Le transit du gaz sur le territoire marocain permet à Rabat de bénéficier d’une double contrepartie. D’une part, le royaume perçoit une redevance en nature de 500 millions de m3 de gaz naturel par an. D’autre part, il achète à des prix préférentiels 500 autres millions de m3 de gaz algérien. Ce milliard de m3 de gaz naturel couvre alors 97 % de ses besoins. Le Maroc utilise majoritairement ce gaz pour faire fonctionner les centrales électriques de Tahaddart et d’Aïn Beni Mathar. Ces dernières sont responsables de 10 % de la production électrique du royaume.

L’Algérie est également le troisième fournisseur de gaz naturel de l’Union européenne derrière la Russie et la Norvège. Elle est le premier pour l’Espagne et le Portugal. Pendant plus de 25 ans, le gazoduc Maghreb-Europe est une illustration de coopération énergétique profitant à tous les pays de la région. Il assure l’approvisionnement en gaz naturel de l’Espagne, du Portugal et du Maroc tandis que l’Algérie bénéficie des revenus de ses exportations.

Fin août 2021, l’Algérie décide unilatéralement de rompre ses liens diplomatiques avec le Maroc. Cette initiative est le dénouement de plusieurs mois de vives tensions entre les deux voisins, notamment concernant le dossier du Sahara occidental. Ce territoire est contrôlé à 80 % par Rabat mais fait l’objet de revendications des indépendantistes du Front Polisario, soutenus par Alger. Abdelmadjid Tebboune, le président algérien, ne renouvelle pas le contrat du GME qui prend fin le 31 octobre 2021. Il ordonne également la cessation des relations commerciales entre le Maroc et Sonatrach, l’entreprise publique pétrolière et gazière algérienne. Le Maroc se retrouve alors dépourvu de ses importations gazières.

Les conséquences de la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe

L’Algérie entend néanmoins continuer à assurer l’approvisionnement en gaz naturel de l’Espagne et du Portugal. Il existe un gazoduc sous-marin reliant directement l’Algérie à la péninsule ibérique, le Medgaz. Fin 2021, l’Algérie entreprend des travaux afin de porter ses capacités de 8 à 10,5 milliards de m3 annuels. De plus, l’Algérie possède 4 complexes de liquéfaction du gaz, permettant d’accroitre ses exportations par voie maritime.

Teresa Ribera, ministre espagnole de la Transition écologique et du Défi démographique.
Teresa Ribera, ministre espagnole de la Transition écologique et du Défi démographique depuis 2018.

La fermeture du GME entraine des difficultés pour le Maroc. Le 2 février 2022, la ministre espagnole de la Transition écologique annonce à la presse que l’Espagne accepte de soutenir le Maroc dans son approvisionnement en gaz naturel. Un accord en cours de négociations prévoit que Rabat puisse acheter du gaz naturel liquéfié (GNL) sur les marchés internationaux et l’envoyer à l’Espagne afin de le gazéifier. Ce gaz doit ensuite être acheminé vers le Maroc via le GME. Cette décision est une des preuves du réchauffement des relations entre Rabat et Madrid après une année 2021 marquée par plusieurs crises. En avril 2021, l’Espagne accueille secrètement le chef du Front Polisario afin de lui fournir des soins. Le Maroc y répond en mai 2021 en laissant passer plus de 8 000 migrants dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

Une réouverture prochaine du gazoduc ?

Les récentes tensions entre les Occidentaux et la Russie autour de l’Ukraine pourraient avoir un impact sur l’avenir du gazoduc Maghreb-Europe. Le 10 février 2022, le think tank « European Council on Foreign Relations » publie un rapport portant sur les conséquences de la crise ukrainienne sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Le centre avance que les Européens pourraient être amenés à intensifier leurs efforts diplomatiques afin de rouvrir le GME. Cette réouverture permettrait d’accroitre les exportations de gaz naturel algérien vers l’Union européenne, limitant ainsi la dépendance à la Russie. Cette dernière est le premier fournisseur de gaz naturel de l’Union européenne.

En attendant une hypothétique réouverture du GME, Rabat ambitionne de construire un terminal GNL dans le port de Mohammedia. Une fois le projet achevé, le Maroc sera en mesure d’importer directement le GNL sans dépendre des infrastructures espagnoles. L’Espagne, quant à elle, cherche à diversifier ses approvisionnements énergétiques et augmente ses importations de GNL, notamment en provenance des États-Unis. En décembre 2021, 68,8 % de ses importations de gaz naturel sont sous formes de GNL, contre 47,6 % un an auparavant.

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Yann MARCILLON

est étudiant à l'IRIS SUP' au sein du parcours "Géopolitique et prospective" en double-diplôme à Grenoble École de Management.

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