La Libye: un nouvel Irak?

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Des milices. On se rend aujourd’hui compte que la fameuse « armée de la révolution » du CNT qui a renversé Mouammar Kadhafi n’a jamais existé. Cette armée n’a été que la réunion d’une multitude de groupes armés indépendants autour d’un même but. Et maintenant que Kadhafi est tombé… Les milices demeurent.

L’ONG Human Rights Watch estime que la seule ville de Misrata abrite plus de 250 de ces bandes armées. A titre d’exemple, c’est la milice de Zintan, une des plus puissantes, qui détient le tristement célèbre Seif Al Islam et qui occupe (avec plus de 1000 hommes) l’aéroport de Tripoli. Ce sont elles qui font la loi en Libye, dans un irrespect total de l’état de droit (détentions sans procès, constitution de barrages et de péages routiers, torture, exécutions sommaires, etc.).

Et le gouvernement de transition libyen ? Il ne dispose pas véritablement de forces armées ni de police en propre.  Il doit donc naviguer entre ces différents groupes et  les influencer (sans grand succès) pour qu’ils rétablissent l’ordre. L’absurdité de la situation provient du fait que ce sont ces mêmes milices chargées de rétablir l’ordre qui sont les premières responsables du désordre ! D’où l’apparition de scènes kafkaïennes et tragiques comme celle qui a eu lieu cette semaine près de Tripoli. Une milice mandatée par le gouvernement va (au prix de combats à l’arme lourde et d’une dizaine de morts) libérer un prisonnier aux mains d’une autre milice, elle-même mandatée par le gouvernement pour procéder à l’arrestation du dit prisonnier…

Un espoir demeure cependant : les élections, qui devraient se tenir en mai ou en juin. Le gouvernement de transition espère qu’elles pourront, à l’instar des élections en Tunisie, permettre l’établissement d’un pouvoir unique et seul légitime.

Ce scénario reste possible et même probable, mais il se heurte à deux obstacles.

D’une part, les doutes demeurent sur la capacité du gouvernement de transition à organiser des élections libres dans un pays de facto dirigé par des milices illégales.

D’autre part, la situation actuelle révèle la terrible division qui règne parmi le peuple libyen : les milices qui s’affrontent ont pour la plupart un ancrage territorial fort (on désigne ainsi beaucoup de milices par le nom de la ville d’où proviennent ses membres) et demeurent très populaires dans leur bastion d’origine. A cette division « régionale » se superposent des divisions ethniques (berbères/arabes) et bien entendu politiques. Ainsi, il existe un risque que les élections fassent apparaitre une multitude de forces antagonistes  se basant sur de puissantes légitimités territoriales ou ethniques mais sans véritable légitimité nationale. En somme, un scénario à l’irakienne.

Quand tout le ciment d’une nation est  le nationalisme arabe et que l’incarnation de ce nationalisme est le dictateur, quand le dictateur tombe, le risque d’implosion est grand. C’est là tout l’enjeu des révolutions arabes : être capable de bâtir des démocraties (respectueuses des minorités) tout en conservant ce puissant vecteur de paix qu’est le nationalisme.

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