Au revoir M. Bernanke. Et Merci.

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Aujourd’hui, vendredi 31 janvier 2014, Ben Bernanke, Président de la FED, la réserve fédérale américaine depuis le 1er février 2006, va céder sa place à Janet Yellen après avoir, entre autres, sauvé l’économie mondiale d’une Grande Dépression 2.0 en 2008. Au lieu d’avoir adopté un attitude en retrait pendant la crise des subprimes, il a bien souvent été à l’origine des différents programmes de soutien aux différents secteurs de l’économie. A nous de le remercier pour avoir su diriger le navire de l’économie mondiale dans ces eaux troubles et par très mauvais temps.

En 2006, M. Bernanke prit les rênes d’une FED en état de grâce après les années Greenspan et la forte croissance des années 1990/2000. Et pourtant. Pouvait-il s’imaginer que l’économie dont il prenait les commandes était un Titanic en devenir ? Pensait-il qu’il aurait à faire face à la récession la plus terrible que le monde ait connu depuis les années 30 ? Probablement pas. Certes des signes avant-coureurs signalaient l’éclatement proche de la bulle immobilière qui avait nourrie le boom des années 2000, certes, certains économistes comme Nouriel Roubini avaient déjà envisagé que la récession à venir serait très importante mais l’ampleur du choc de la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 devait précipiter l’économie mondiale dans ce qu’il est convenu d’appeler, de nos jours, la Grand Récession.

Si l’on parle de Récession au lieu de Dépression cette fois-ci, c’est en très grand partie grâce à l’intervention à très grande échelle et sans précédent de la FED, sous l’impulsion de son président Bernanke et de son premier lieutenant, Timothy Geithner, président de la FED de New York. Sauver Bear Stearns de la faillite en Mars 2008 en forçant son mariage avec JP Morgan Chase était le premier d’une des nombreuses interventions directes de la FED pour sauver le système financier américain, et mondial, d’une véritable débâcle. Certes, il était probablement déjà trop tard pour l’éviter et, après avoir sauvé Fannie Mae et Freddie Mac, l’argument de l’aléa moral, et le manque d’intérêt de repreneurs éventuels du secteur privé, a suffi à balayer Lehman – et le système financier américain avec.

C’est à partir de ce moment-là que M. Bernanke s’est véritablement transformé en pompier du capitalisme mondial. Entre le sauvetage en catastrophe d’AIG, le plus gros assureur mondial en 2008, l’acquisition (critiquée par la suite) de Merill Lynch par Bank of America, les facilités de crédit offertes à Morgan Stanley via le PDFC (Primary Dealer Credit Facility), sa contribution à la rédaction du TARP (Troubled Assets Relief Program), Ben Bernanke était au four et au moulin, secondé par M. Paulson, Secrétaire au Trésor et Sheila Bair, présidente de la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation), l’institution qui garantit les dépôts des épargnants dans tous les Etats-Unis.

Malgré toute cette débauche d’énergie, M. Bernanke n’a pas eu le temps de se reposer puisqu’après le système financier, il a fallu ressusciter une économie mondiale à l’agonie. Universitaire ayant connu son heure de gloire en appréhendant les effets non-monétaires de la Dépression des années 30[1], Bernanke a pu tirer de ses propres travaux les mesures d’urgences à appliquer pour rendre la chute moins dure tout en pouvant compter sur l’administration Obama, et notamment sur Tim Geithner devenu le nouveau Secrétaire au Trésor, pour faire sa part du boulot et relancer, dans la plus pure tradition keynésienne, une économie aux abois. Entre 2009 et 2012, trois rounds de Quantitative Easing ont permis de faire repartir l’économie américaine et mondiale.

Après le pompier, place à la policière

Maintenant que le monde entier a la tête à la reprise, Mme Yellen va devoir rester sur le devant de la scène pour faire en sorte que la reprise soit durable, c’est-à-dire sans générer un excès de confiance, préalable à une bulle dans un nouveau secteur. La stratégie de forward guidance pour conduire la politique monétaire de la FED ne va pas suffire indéfiniment. Au fur et à mesure que la confiance reviendra sur les marchés financiers, ceux-ci s’engageront à nouveaux sur des voies risquées. Le tout est de freiner leurs instincts animaux avant qu’ils n’en prennent trop.



[1] Bernanke a notamment écrit Non-Monetary Effects of the Financial Crisis in the Propagation of the Great Depression, NBER Working Paper No. 1054

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