Les Etats-Unis perdent l’Arabie Saoudite : Obama envoyé pour rassurer Riyad

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Après un passage en Europe et une entrevue avec le Pape François, Barack Obama a dû se rendre en Arabie Saoudite pour une opération de réconciliation. En effet, depuis quelques temps, les Saoudiens sentent que le centre de gravité géopolitique des Etats-Unis se déplace vers le Pacifique alors que l’Iran renforce son emprise et ses réseaux dans toute la région. Que reprochent précisément les Saoudiens aux Etats-Unis et quelles cartes Obama peut-il jouer pour améliorer la situation ?

L’alliance systématique des Etats-Unis avec l’Arabie Saoudite se heurte aujourd’hui à la question iranienne et aux méthodes à employer afin de lui faire abandonner son programme nucléaire. Les Etats-Unis ne s’alignent plus sur la position saoudienne et souhaitent donner des gages à l’Iran. Mais l’Arabie Saoudite, sunnite, voit d’un très mauvais œil le développement de l’influence de l’Iran, chiite, dans la région. Bahreïn, Irak, Syrie, Liban, Yémen et même la frange orientale de l’Arabie Saoudite : Téhéran pousse ses pions partout en éliminant les sunnites dans les zones de guerre comme en Syrie ou en soutenant des mouvements rebelles et Irak et au Yémen. Les saoudiens se sentent, à juste titre, encerclés.

Depuis l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste, les Etats-Unis ont considérablement diminué leur dépendance aux importations d’hydrocarbures et donc aux pays qui les fournissent. Les Etats-Unis, peuvent donc se permettre d’adopter des positions prenant moins les opinions saoudiennes en compte. Ainsi, c’est une solution de conciliation et de négociation avec l’Iran qui a été retenue depuis un an et cela ne plaît pas à Riyad. En effet, les saoudiens sont convaincus, comme les israéliens, que Téhéran veut se doter de la bombe atomique, mais ils n’en craignent pas un usage contre eux : même si les chiites s’opposent aux sunnites, ils n’ont pas envie de vitrifier Riyad ou La Mecque. La bombe est un « simple » atout régional. Les saoudiens pensent donc que les américains les lâchent au profit des israéliens afin d’éviter une bombe iranienne et qu’en gage, si l’Iran ne développe pas l’arme, ils ne combattent pas l’influence iranienne dans la région. Les reculades américaines au moment d’intervenir en Syrie et leur manque de soutien envers l’opposition syrienne et à l’armée égyptienne dans sa lutte contre le djihadistes du Sinaï confirment cette impression de pusillanimité.

Devant cette impression d’abandon de soutien par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite devient fébrile : le pays ne peut tourner les dos aux américains, indispensables pour sa sécurité, mais il commence à financer des opérations douteuses.

L’achat de 2 à 3 milliards d’armes russes pour le régime Egyptien en est un parfait exemple. La Russie soutenant le régime d’Assad, ce coup de tête saoudien peut coûter cher à Riyad dans des négociations avec Moscou sur l’avenir du pays. C’était donc la mission d’Obama que de rassurer ses interlocuteurs. Il a assuré que les deux pays restaient « alignés » sur leurs intérêts stratégiques et qu’il n’accepterait pas un « mauvais accord » sur le nucléaire iranien. Mais ce qu’attendent les saoudiens et leurs alliés sunnites, ce sont des actes concrets et régionaux contre les forces de Téhéran. Et si possible maintenant.

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