Obama reprend la main sur le Proche-Orient : un calcul politique ?

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H. Clinton en première ligne sur le dialogue israélo-palestinien : merci B. Obama !

L’annonce de la rencontre organisée par les Etats-Unis entre Israéliens et Palestiniens le 2 septembre prochain avait de quoi étonner. Mais, encore plus surprenant, c’est par la voix d’Hillary Clinton que celle-ci a été annoncée. Pas celle d’Obama, qui pourtant s’est personnellement investi sur cette question avec son style politique si particulier. Et c’est même le Conseiller Spécial pour le Moyen-Orient George Mitchell qui s’est chargé d’entrer dans les détails pour la presse. Cette méthode pour annoncer les prochains pourparlers en dit beaucoup sur ses considérations en termes de politique intérieure.

Face à la presse, Mitchell a dû répondre à la question suivante : quel facteur a pu déclencher, si subitement, la reprise du dialogue israélo-palestinien ? Mitchell s’est contenté d’une très diplomatique non-réponse. Pour lui, « la seule manière  pour qu’un accord soit trouvé  nécessite des négociations directes entre les deux acteurs, dans lesquelles les Etats-Unis seront un participant actif ».  Mais la véritable explication de cette reprise en main par les Etats-Unis se trouve à mille lieues de Jérusalem et de Ramallah : les élections américaines de mi-mandat, au cours desquelles Obama va lutter afin de maintenir la position de force des démocrates au Congrès.

Obama a réellement besoin d’un succès diplomatique, et l’on peut considérer qu’une reprise des pourparlers, telle que celle-ci, en est un. Certes, il n’obtient pas l’arrestation d’El Béchir par exemple, mais cette annonce signifie quelque chose. Or, Obama doit s’en contenter. De plus, ordonner à H. Clinton de faire cette annonce montre bien qu’Obama ne se révèle pas forcément très optimiste, préférant se garder une porte de sortie, au cas où. Et ce sera elle qui aura l’honneur de lancer les pourparlers en septembre prochain, tandis qu’Obama accueillera ses hôtes (n’oublions pas H. Moubarak) à la Maison Blanche la veille.

C’est une bonne manière pour Obama d’exercer son pragmatisme, de voir jusqu’où peut aller le processus, et ensuite d’en prendre le crédit, s’il réussit, ou, au contraire, de s’en éloigner. Et diplomatiquement, c’est un très bon coup. Les Etats-Unis gardent « la grosse artillerie » pour la fin, le président, plutôt que de le « gâcher » dès le début, à la manière d’un Bill Clinton lors du processus d’Oslo. Et n’oublions pas l’hémorragie dans le soutien juif au président américain ! Faire pression sur les Palestiniens à ce moment là pourrait lui permettre de retrouver une partie de cet électorat (78% de cet électorat avait voté Obama en 2008). Un processus de paix renouvelé aurait de quoi charmer les populations juives.

Certes, ce n’est pas l’unique facteur de cette reprise en main. Mais il serait profondément naïf de croire que les prochaines élections y sont complètement étrangères !

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