Que révèle la nouvelle crise politique au Pérou ?

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Lundi 16 novembre, le député centriste Francisco Sagasti est devenu le nouveau président par intérim du Pérou. Troisième président en une semaine, celui-ci doit faire face à une profonde crise politique dans laquelle s’est enlisée le Pérou depuis deux mois. Cette dernière s’inscrit dans le contexte d’une crise multiforme (sanitaire, institutionnelle, de légitimité…) qui explique pourquoi le Pérou est aujourd’hui en proie à une forte instabilité.

La destitution du président Vizcarra pour soupçon de corruption a marqué le début d’une nouvelle crise politique au Pérou.
La destitution du président Vizcarra pour soupçon de corruption a marqué le début d’une nouvelle crise politique au Pérou.

Une nouvelle crise politique, révélatrice d’une fragilité institutionnelle 

Le 12 septembre marque le début d’une nouvelle crise politique au Pérou qui verra se succéder trois présidents en une semaine. C’est à cette date que le Parlement péruvien a engagé une première procédure de destitution pour soupçon de corruption. Celle-ci visait le président Martin Vizcarra qui avait succédé en 2016 à Pedro Pablo Kuczynski lui-même destitué pour les mêmes motifs. Bien qu’ayant échappé à cette première tentative de destitution, M. Vizcarra sera finalement destitué le 9 novembre. Le président du Congrès Manuel Merino le remplace alors à la fonction présidentielle. Ce dernier démissionnera cinq jours plus tard sous la pression de la rue et de la classe politique. Finalement, F. Sagasti endosse le rôle de président par intérim le 16 novembre avec la charge de redresser le pays.

Cette forte instabilité politique témoigne d’une véritable crise de légitimité au Pérou. En effet, M. Vizcarra, qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille dès son arrivée à la présidence, a été démis de ses fonctions sur décision du Parlement. Pourtant, les sondages montraient que 78% des Péruviens s’y opposaient au moment où les premières suggestions de destitution étaient proposées. Dénonçant cette apparente facilité du congrès à destituer les présidents, des mouvements de contestation et des « cacerolazos » ont rapidement éclaté dans la capitale. Basculant progressivement dans la violence, ceux-ci ont fait deux morts et une centaine de blessés. C’est face à ce constat que le nouveau président démissionnera cinq jours seulement après son entrée en fonction.

Une crise sanitaire qui interfère grandement dans la crise politique

Cette nouvelle crise politique s’explique par des facteurs d’ordre structurel. Ils sont essentiellement liés à une mécanique de la corruption qui gangrène la classe politique péruvienne depuis 1985. En effet, les dénonciations de corruption dont fait l’objet le président Vizcarra s’inscrivent dans la lignée de celles qui ont été adressées à tous ses prédécesseurs depuis 1985, à l’exception d’un président intérimaire.

A ces facteurs structurels se surimposent des facteurs conjoncturels. Dès le début de la pandémie, M. Vizcarra s’est érigé en « homme de la situation » dans la gestion de la crise sanitaire. Cela a ainsi permis au président, arrivé au pouvoir en 2016 sans être élu, de construire sa légitimité en tant que chef d’Etat. Plus encore, cette pandémie est un facteur d’aggravation de la crise politique : le Pérou est aujourd’hui le deuxième pays le plus touché en proportion de sa population avec 35 000 morts et 992 000 cas pour 33 millions d’habitants. De plus, le pouvoir en place doit, en parallèle, faire face à une sévère crise économique qui laisse entrevoir une baisse de 13% de son PIB pour 2020 selon les estimations de la CEPAL.

Quel avenir pour le Pérou ?

L’arrivée de F. Sagasti sera-t-elle gage de stabilité pour le Pérou ? C’est tout ce que l’on espère pour les Péruviens. Pour l’instant, le nouveau président doit faire face à de multiples défis, en particulier sanitaire et politique. A son sujet, l’ex-président de Transparency International, José Carlos Ugaz a récemment déclaré que l’élection de F. Sagasti était le « scénario idéal » pour pallier la crise politique puisqu’il a été « l’un de ceux qui ont voté contre la destitution de Vizcarra ».

En outre, c’est sa présidence qui devrait assurer la transition vers les prochaines élections générales d’avril 2021. Celles-ci vont marquer un tournant majeur pour le pays. En effet, après les rebondissements qui ont secoué Lima ces deux derniers mois, une réforme de la classe politique semble plus que jamais nécessaire. Elle s’avère indispensable pour pallier aux problèmes structurels qui paralysent le Pérou depuis la chute du libéral Fujimori.

 

La valse des présidents qu’a récemment connue le Pérou témoigne de la crise politique qui affecte le pays, déjà très touché par la crise sanitaire. La destitution de M. Vizcarra et les manifestations subséquentes sont une preuve supplémentaire de la fragilité des institutions péruviennes. Tout l’enjeu du prochain mandat de F. Sagasti sera donc d’instaurer une certaine stabilité en vue des prochaines élections d’avril 2021.

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