Chine : 13ème plan quinquennal contre la conjoncture

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La situation économique de la Chine est difficile en ce début d’année 2016. Elle est même décevante tant les prévisions de croissance et de production, pourtant revues à la baisse, peinent à donner confiance en la situation de la zone Asie toute entière. C’est dans ce contexte qu’à la mi-mars le 18ème congrès national du parti communiste s’est tenu. Une occasion pour le pouvoir de riposter et d’affirmer ses ambitions.

Xi Jinping est d'autant plus touché par le scandale dues Panama Papers qu'il a fait de la lutte contre la corruption sa priorité et qu'il s'est affiché en exemple.
Xi Jinping est d’autant plus touché par le scandale dues Panama Papers qu’il a fait de la lutte contre la corruption sa priorité et qu’il s’est affiché en exemple.

La 12ème Assemblée populaire nationale (APN, le parlement chinois) a adopté le 16 mars le programme gouvernemental faisant le bilan du dernier plan quinquennal (le 12ème également) et adoptant le nouveau plan de 2016-2020. Si les chiffres annoncés correspondent évidemment aux objectifs fixés à l’annonce du plan, il est intéressant de préciser sur quoi ces objectifs portaient. La croissance (de 6.9% déclarée pour 2015) figure en première place mais aussi le mix économique avec une part des services déclarée comme représentant enfin 50% du PIB. Ce dernier chiffre témoigne de l’objectif de la Chine d’arriver à un mix économique proche des pays industrialisés, c’est-à-dire principalement basé sur les services. L’accent est aussi mis sur le développement de produits de moyen et haut de gamme pour concurrencer l’occident et satisfaire les nouveaux besoins de la classe moyenne chinoise. Les simplifications des procédures et couches administratives diverses ainsi que la lutte contre la corruption, menée tambours battants par le régime et affichée dans les médias, figurent également dans les événements considérés comme notables.

L’objectif du 13ème plan quinquennal vise à relancer une économie qui montre des signes de faiblesse et à « édifier la société de moyenne aisance » : la classe moyenne chinoise et plus globalement le fait pour tous de bénéficier de l’éducation, des soins et d’un revenu décent en ville. Le terme n’est pas nouveau et avait été introduit en 1979 par Deng Xiaoping et décrit un style de vie « ni riche, ni pauvre, mais décent ». Les objectifs environnementaux se sont greffés à cet agenda ces dernières années. Le plan est ambitieux notamment en termes d’infrastructures avec 10 000 kilomètres d’autoroutes et 50 aéroports, mais aussi en termes d’énergie avec le doublement de la production d’énergie nucléaire. Tout ceci devrait aboutir à la création de 50 millions d’emplois dans les zones urbaines.

Si le gouvernement central est actif, c’est pour contrebalancer le ralentissement économique mais aussi pour détourner l’attention de soucis plus politiques.

Ainsi le scandale des Panama Papers a montré l’implication de proches d’au moins huit membres actuels ou anciens du comité permanent du bureau politique du Parti, dont le beau-frère du président. C’est d’autant plus gênant que Xi Jinping a fait de la lutte contre la corruption une composante essentielle de sa politique et qu’il a relancé une personnification du pouvoir autour de lui rappelant celle de Mao. Repli de 25% des exportations en février comparé à l’an dernier, explosion de l’endettement public comme privé (l’endettement du privé est passé de 140% du PIB en 2008 à 240% en 2016 et bientôt 300%), crise latente de l’immobilier, secteurs entiers en surcapacité, mais un objectif de 6.5% de croissance par an. Il faudra bien l’atteindre cependant, pour le bien du pays et des dirigeants dont la politique n’est acceptée que tant qu’elle mène vers la prospérité. De l’art de formuler soigneusement ses objectifs pour pouvoir les atteindre, mais ils paraissent déjà bien plus loin que prévu.

Infographie plan quinquennal

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