« Crime en France, par la France » ou l’erreur stratégique d’Hollande qui entretient la culture de l’humiliation

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Quelques minutes avant son discours sur les ruines du Vel d’Hiv, François Hollande gonfla ses joues pour souffler le vent de l’Histoire dans les rues de Paris. Il savait que ce discours ferait date car, comme chaque président avant lui, il devait inscrire son nom au Panthéon des discours historiques, ces élucubrations graves et pesantes contrastant avec les tribunes agressives et revigorantes d’un candidat en quête d’un trône. La Seconde Guerre mondiale est un puits à Histoire : à chaque fois que l’on remonte le sceau, un débat intense s’installe, déferlement de passions entre l’héroïque résistance et la scandaleuse collaboration. Il ne pouvait pas se tromper. Quoique…

En affirmant que « ce crime a été commis en France, par la France », Hollande a reconnu, une nouvelle fois, la responsabilité de l’Etat français dans la collaboration et la rafle de milliers d’innocents juifs, condamnés car ils étaient mal nés. Rien de nouveau quand on sait que l’ignoble gouvernement de Vichy avait pris seul la lourde décision de livrer aux bouchers nazis les corps fragiles de ces français. Mais était-ce la France ? Dès le 18 juin 1940, de Gaulle  avait affirmé que la France se tenait debout à Londres et que le gouvernement de Vichy, livré aux Allemands et assis sur le trône légitime du déshonneur, ne pouvait pas représenter la France. De Gaulle fit le choix d’un roman national glorieux, tout en reconnaissant l’effroyable douleur des familles des victimes. Mitterrand suivit la trace du général sans broncher. Ces deux mastodontes politiques pensaient que derrière ce débat se tramaient le détricotage du pacte national entre les Français et la contestation sur la scène internationale de la France. En reconnaissant la responsabilité d’un gouvernement mais pas celle d’une nation, l’honneur était sauf. Hollande choisit la rupture. La France entière sera jugée au tribunal de l’Histoire comme les plus perfides criminels nazis. Triste fin. Comme si des plis du drapeau bleu blanc rouge ne suintait que le sang des victimes de cette rafle de l’horreur. Le bleu des bérets portés par les maquisards importe peu.

Ce choix de la honte sur la gloire, de la repentance sur la fierté, Chirac l’avait déjà réalisé en 2005 lorsqu’il envoya la marine française fêter la défaite de Trafalgar et refusa d’honorer le soleil noir d’Austerlitz. Cette complaisance qu’ont les Français à se baigner dans l’eau trop sombre de l’humiliation, le géopoliticien Dominique Moïsi l’avait relevée dans son brillant essai Géopolitique de l’émotion. Distinguant 3 catégories de pays selon leurs cultures (culture de la peur, culture de l’humiliation, culture de l’espoir), il nous donnait une grille de lecture des relations internationales novatrice. Tandis que la Vieille Europe sombrait dans cette culture auto-entretenue de l’humiliation, sa croissance s’effondrait alors que les régimes des BRICS, nationalistes aux discours quasi-mensongers sur leur Histoire, brillaient dans la culture de l’espoir, riches d’une croissance forte, suffisamment audacieux pour peser sur la scène internationale. Comme si le succès en relations internationales, comme en économie, reposait sur la confiance en l’avenir. Confiance qui trouve toujours sa source dans le puits de l’Histoire nationale…

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