Faut-il comparer l’Espagne d’aujourd’hui à l’Allemagne de 2004 ?

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Toute juste sortie de la récession au troisième trimestre (+ 0,1%), et bientôt hors du programme d’aide pour les banques de la zone euro, l’Espagne se relève peu à peu d’une violente crise, et déjà, d’aucun se prennent à rêver d’une glorieuse reprise économique : une étude de la banque Arcano ose ainsi le parallèle entre l’Espagne d’aujourd’hui et l’Allemagne d’il y a dix ans.

 L’Espagne, quatrième économie de la zone euro, fut frappée en 2008 par une double crise immobilière et financière et avait reçu, en 2012, une aide de 41 milliards d’euros par la zone euro. Après ces années de marasme économique, l’Espagne verrait-elle le bout du tunnel ?

Le climat économique semble s’améliorer et les signaux économiques reviennent au vert : augmentation de l’investissement étranger (à l’image de Bill Gates, qui vient d’annoncer l’investissement de 113 millions d’euros au capital du groupe de BTP espagnol FCC), hausse du produit intérieur brut (après neuf trimestres de baisse), amélioration du marché du travail (72 800 demandeurs d’emploi en moins au second trimestre), redémarrage de la consommation des ménages, etc. L’optimisme regagne doucement les esprits et les conditions de la croissance semblent s’installer, vers un possible « miracle espagnol », comme en Allemagne dix ans plus tôt.

De la même manière que l’Espagne ces dernières années, l’Allemagne était, au début des années 2000, « l’homme malade de l’Europe » (The Economist). Et comme l’Allemagne d’il y a dix ans, l’Espagne d’aujourd’hui a les atouts pour se relever : c’est une puissance exportatrice  (34% du PIB en 2013) au potentiel de croissance attractif en sortie de crise.

Mais l’essor allemand des années 2000 fut surtout le fruit de rééquilibrages structurels avec la réforme Hartz IV (Schröder) et de l’effort salarial qu’elle imposa (entre 2000 et 2010, le coût salarial a augmenté de 7% en Allemagne, contre 20% en France et 30% en Espagne, selon l’OCDE). Dans un contexte de croissance européenne, cela permit à une Allemagne déjà forte d’une compétitivité structurelle de gagner en compétitivité-prix, notamment grâce aux liens étroits tissés avec un Hinterland dynamique (PECO) et à une spécialisation productive haut de gamme à faible élasticité prix.

Le parallèle entre les deux situations semble alors un peu rapide, tant il faut relativiser la reprise espagnole, fruit d’un effet saisonnier et de la baisse de la fréquentation des stations balnéaires théâtres des révolutions arabes. Aussi la crise sociale reste-t-elle criante, avec un chômage record (25,98%, le double chez les jeunes) et une pauvreté qui se diffuse (3 millions d’Espagnols vivent sous le seuil de pauvreté). De plus, il s’agit d’un type de capitalisme différent, plus familial, avec peu de migration interrégionale, ce qui pourrait théoriquement freiner la croissance par manque de flexibilité, mais qui constitue, à leurs yeux, un coussin à la crise.

L’Espagne a donc intérêt à choisir sa propre voie de sortie de crise, en évitant le piège de la paupérisation et la dérive inégalitaire, mais en usant aussi de réformes structurelles, nécessaire au déversement du surplus de main-d’œuvre du BTP (1/4 de la population active) vers de nouveaux secteurs. Si miracle espagnol il y a, il sera nécessairement singulier.

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