Le départ de Catherine Ashton : l’opportunité d’un nouveau souffle pour la diplomatie européenne ?

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L’heure est au bilan pour Mme Ashton. Son mandat en tant que Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la sécurité extérieure arrive à son terme. Ce poste, remodelé par le traité de Lisbonne, confère à son bénéficiaire un statut hybride au sein des institutions européennes. Vice-président de la Commission, « chef de la diplomatie » par le biais du Service européen de l’action extérieure (SEAE) qu’il dirige, et Président de la formation “affaires étrangères” du Conseil, il occupe 3 des postes les plus stratégiques de l’Union. Pourtant, presque 5 ans après l’entrée en vigueur du traité, le bilan reste mitigé.

Un premier mandat en demi-teinte

Nommée en 2010, la britannique Catherine Ashton s’est en effet attirée les foudres d’une partie de la classe politique européenne, lui reprochant son mutisme au sujet des minorités en Irak. Le Ministre des affaires étrangères français, Laurent Fabius, a ainsi affirmé mardi 12 août que « lorsque les gens meurent, j’allais dire crèvent, il faut rentrer de vacances ». Si son intervention en faveur de la signature de l’accord provisoire sur le nucléaire iranien en 2013 a été reconnue par la communauté internationale, son inaction récente au Proche-Orient, a fait l’objet de critiques. L’initiative est ainsi venue des Etats, dont la volonté politique reste le vecteur des orientations européennes. Laurent Fabius, dans une lettre adressée à Mme Ashton, a réclamé la tenue d’une réunion de l’ensemble des Ministres des affaires étrangères de l’Union concernant la situation humanitaire en Irak, qui s’est déroulée vendredi 15 août. Malgré les dissensions, l’envoi d’armes a été décidé par l’ensemble des membres, laissant le choix libre aux Etats quant à leur participation. La désignation d’une nouvelle Commission (et d’un Haut représentant), semble ainsi être une opportunité de dépasser la paralysie actuelle de l’Europe diplomatique et de lui donner une nouvelle impulsion sur la scène internationale.

La nomination attendue du « nouveau visage de l’Union »

Nommé à la majorité qualifiée par le Conseil européen avec l’accord du futur Président de la Commission européenne (Jean-Claude Juncker), le Haut représentant censé entrer en fonction le 1er novembre 2014, devra respecter « la diversité géographique et démographique de l’Union ainsi que de ses États membres» (art 6 TFUE). Ce poste, à l’influence stratégique certaine, attise les convoitises des Etats qui proposent leur candidat, à l’instar de la Pologne par le biais de son Ministre des affaires étrangères, Radoslaw Sikorski. L’italienne Federica Mogherini, a longtemps été considérée comme favorite mais son indulgence à l’égard de la Russie pourrait la discréditer. D’autres noms sont évoqués, tels que celui de l’actuelle Commissaire en charge des affaires humanitaires, la Bulgare Kristalina Georgieva. Pour l’instant, aucune décision n’a été prise et la liste des candidats reste incomplète.

Au-delà des incertitudes, le nouveau représentant devra rassembler une Europe qui peine à dépasser les clivages nationaux, pour répondre à l’interrogation historique d’Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat des Etats-Unis dans les années 70 : « If I want to call Europe, who do I call ? » (“si je dois appeler l’Europe, qui dois-je appeler?).

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