Splendeur et misère du football européen : l’arrêt Bosman

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Rares sont les footballeurs qui ont marqué l’Histoire. Jean-Marc Bosman en fait partie et doit sa renommée à un arrêt rendu par la Cour de Justice des Communautés européennes (CJUE) le 15 décembre 1995. Cette décision acte la libéralisation du marché des transferts européens et continue d’influencer le football d’aujourd’hui.

© Eurosport

Arrivé au terme de son contrat avec le club du FC Liège, Jean-Marc Bosman veut signer à Dunkerque. Or, le club belge exige une indemnité de transfert pour autoriser le joueur à rejoindre l’équipe française. Bosman porte l’affaire devant les tribunaux. Au-delà de la situation personnelle du joueur belge, l’arrêt rendu par la CJCE a une portée considérable sur l’Europe du football. S’appuyant sur l’article 48 du traité de Rome sur la libre circulation des travailleurs dans l’espace européen, la Cour décide que les joueurs en fin de contrat sont libres de changer de club mais surtout, elle met un terme au système de quotas qui imposait à chaque équipe un nombre maximal de ressortissants de l’Union Européenne.

Les conséquences sont immédiates. La libéralisation entraîne une extrême mobilité des joueurs qui vont garnir des effectifs rassemblant des nationalités très différentes. Alors qu’en 1995, les joueurs étrangers représentaient 18% des effectifs dans les 5 plus grands championnats, le chiffre passe à 46% en 2015. Cette mobilité favorise une grande mixité mais parfois aux dépens des joueurs du pays d’accueil. Tel est le cas du club anglais Arsenal qui le 14 février 2005 présente une feuille de match sur laquelle ne figure aucun joueur anglais. Cette mise en concurrence internationale des joueurs et des clubs a contribué à une inflation salariale favorisant les clubs les plus riches. Cela a conduit certains clubs à privilégier l’achat des meilleurs joueurs au détriment de la formation. C’est d’ailleurs les clubs ayant une culture de la formation qui ont été les plus pénalisés car ils peinent à retenir leurs joueurs. Ce n’est pas un hasard si le dernier titre européen obtenu par l’Ajax Amsterdam, connue pour avoir la meilleure école de football au monde, remonte à 1995.

Si l’arrêt Bosman est une avancée majeure par la liberté qu’il a apporté aux joueurs, il est aussi en partie responsable des dérives du football moderne. Les clubs ont changé de modèle de développement pensant davantage à court terme et n’hésitant pas à s’endetter pour s’offrir les meilleurs joueurs et délaissant ainsi la formation. Certains regrettent une perte d’identité du football européen alors que les joueurs passent d’une équipe à l’autre au mépris des valeurs propres à chaque club . Le marché des transferts est un cas exemplaire d’une mondialisation des flux couronnant à la fois des principes de liberté mais aussi de profondes inégalités du fait de la toute puissance financière de quelques clubs.

 

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